Le survivant des monts lointains (Night passage, James Neilson, 1957)

Après avoir été renvoyé, l’employé d’une compagnie de chemin de fer est embauché à nouveau pour convoyer la paye des ouvriers, systématiquement volée depuis quelques mois…

Produit par Universal, Le survivant des monts lointains eût pu être le sixième western de Anthony Mann avec James Stewart si le cinéaste n’avait finalement été appelé à d’autres besognes. C’est ainsi qu’un certain James Neilson fut chargé de la réalisation. Visionner ce film dont les ingédients (héros au passé mystérieux joué par James Stewart, scénario moral et tragique de Borden Chase, décors sauvages photographiés par William Daniels…) sont les mêmes que ceux des splendides Je suis un aventurier et Winchester 73 permet, par contraste, de se rendre compte du génie de Mann. En effet, quoiqu’il se suive sans trop d’ennui, Le survivant des monts lointains manque de l’unité et du caractère d’évidence que peuvent apporter un grand metteur en scène. La narration apparaît dispersée et artificielle (le gosse, pur prétexte à la confrontation morale des deux frères), le lien entre les personnages et l’environnement naturel où ils évoluent n’est pas rendu sensible par la caméra, Dan Duryea est bizarrement grotesque, l’action est rare et manque d’intensité dramatique et le format large du Technirama permet à Neilson d’éviter de faire des choix de découpage décisifs, ce qui accentue le caractère filandreux de son oeuvre. Même une séquence qui eût pu être magnifique, celle où James Stewart chante sur le wagon, est gâchée par le montage mécanique des plans qui la composent. Quant au grand acteur, il « fait le boulot » mais semble moyennement impliqué dans un rôle dont il a du se rendre compte qu’il était une synthèse peu inspirée de ses rôles westerniens précédents.

 

Le destin est au tournant (Drive a crooked road, Richard Quine, 1954)

Un pilote-mécanicien esseulé se fait manipuler par un couple qui veut utiliser ses talents pour un casse.

Ce petit film noir de la Columbia écrit par Blake Edwards se distingue par la personnalité de son personnage principal. Sa soif affective, excellemment retranscrite par Mickey Rooney, insuffle une certaine émotion à un récit dont le déroulement reste schématique. Le regard porté sur le mécanicien n’est jamais dénué de tendresse, y compris lorsque celui-ci passe de l’autre côté de la barrière. Ainsi, la fin, subtilement mélodramatique, est vraiment touchante.

A lire, cette très belle déclaration d’amour (plus belle que le film, sans doute).

Les frères Rico (Phil Karlson, 1957)

Un ancien comptable de la mafia replonge pour retrouver ses frères en danger.

L’ancrage dans une communauté d’immigrés italiens (jolie scène de la visite chez la mama) donne un semblant d’originalité à ce drame policier où on préfère se focaliser sur les dilemmes moraux des personnages plutôt que sur l’action. Richard Conte est bien mais le récit s’étrique au fur et à mesure qu’il se déroule et la convention finit par reprendre le dessus, dévoilant les grosses ficelles d’une écriture foncièrement velléitaire.