Le gros lot (Christmas in July, Preston Sturges, 1940)

A cause d’une farce de collègues, un jeune couple croit qu’il a gagné un prix de 25000 dollars à un concours de slogan…

Percutante satire du rêve américain dont l’origine théâtrale ressort parfois au détour de telle ou telle tirade, brillante mais artificielle. La principale qualité du film est aussi sa principale faiblesse: c’est concis, ça ne dévie pas de la ligne directrice, mais de ce fait, les personnages, surtout celui de la jeune épouse, manquent d’étoffe. Belle fluidité au niveau du découpage qui permet un rythme impeccable malgré l’abondance de dialogues.

Pitfall (Andre de Toth, 1948)

Un assureur père de famille s’amourache de la poule d’un voleur…

C’est donc un canevas de film noir a priori archi-rebattu mais c’est transcendé par une multitude de qualités. Il y a d’abord l’humour sardonique insufflé par les dialogues de William Bowers. Il y a ensuite un excellent casting mené par Dick Powell qui incarne parfaitement le père de famille aimant mais désabusé. Il y a, et c’est tout à fait inhabituel pour le genre, des scènes familiales dont la tendresse n’a d’égale que la brutalité des (rares) bagarres.

En fait, Pitfall montre l’intrusion du mal dans le foyer américain. Quel est le devoir d’un homme dans notre société civilisée lorsque, en partie par sa faute, sa famille est menacée?  C’est en abordant cette question que le film atteint des cimes assez exceptionnelles grâce à la complexité des situations et à la justesse des caractères qu’il présente. A ce titre, la fin est magnifique, loin de toute forme de convention.

L’implacable (Cry danger, Robert Parrish, 1951)

Sorti de prison, un homme injustement condamné tente d’extorquer de l’argent au caïd par qui il a été roulé.

Cry danger est un petit film noir indépendant tourné dans les rues de Los Angeles. Des dialogues piquants signés Williams Bowers, le charme de Rhonda Fleming, une formidable séquence de roulette russe et une fin étonnamment désenchantée le sauvent de la plus pure des banalités. Pas mal.

Betsy (Hearts divided, Frank Borzage, 1936)

Rocambolesque histoire d’amour à la sauce hollywoodienne entre le frère de Napoléon et une jeune fille sudiste. Si toute la première partie du film, pleine de clichés complètement niais laissait augurer un véritable navet, la suite s’avère plus personnelle, l’amour borzagien ne devant plus braver la mort ou la crise économique mais rien moins que Napoléon. Ce qui revient finalement au même, c’est à dire, larmes, sacrifice puis retrouvailles inespérées. La scène avec la maman de Napoléon qui réconcilie les deux frères vaut son pesant de cacahuètes; c’est en filmant avec foi ce genre de séquence apparemment saugrenue mais indéniablement singulière que Borzage sauve son film de l’oubli.

Mademoiselle général (Flirtation Walk, Frank Borzage, 1934)

Film musical à la gloire de West Point avec défilés militaires qui n’en finissent pas. Niais, longuet et franchement chiant je défie quiconque d’y retrouver le style de Borzage. Reste les numéros de Dick Powell qui n’intéressent d’ailleurs plus grand-monde. La différence entre ce film et le précédent -deux films de Borzage avec Powell destinés à célébrer une partie de l’armée américaine- c’est la différence entre la ringardise et la désuétude.

Amis pour toujours (Shipmates Forever, Frank Borzage, 1935)

Regarder un film comme ça, c’est goûter un plaisir précieux, celui d’effleurer un univers oublié, un univers naïf et pétri de valeurs aussi désuètes que le courage sacrificiel ou la foi en ses camarades. Frank Borzage a excellé dans ce cinéma édifiant et révolu, il filme ici avec autant de pudeur que de sensibilité les trémolos dans la voix d’une orpheline, les chants de marins en soirée, les discussions houleuses d’un père amiral avec son fils chanteur ou les funérailles d’un jeune héros. C’est pourquoi en dépit de quelques ficelles scénaristiques grossières, Amis pour toujours est un très bon film, un produit pour jeune premier (le crooner Dick Powell, impeccable dans un rôle un peu plus complexe qu’à l’accoutumée) transcendé par la sensibilité unique de son réalisateur qui est peut-être avant tout un grand directeur d’acteurs.