La nuit des généraux (Anatole Litvak, 1967)

En Pologne puis en France occupée, enquête sur des meurtres sadiques de prostituées commis par un général allemand.

J’ai rarement vu un « whodunit » aussi prévisible mais le film, superproduction sans personnalité mais non dénué d’une intelligence minimale notamment dans le point de vue sur l’attentat du 20 Juillet, se suit quand même agréablement. Les sauts de la narration et la prestigieuse distribution y sont pour beaucoup. J’ai découvert que Omar Sharif pouvait avoir du charisme. Un effet de son uniforme bien coupé?

Dien Bien Phu (Pierre Schoendoerffer, 1992)

Reconstitution de la chute de Dien Bien Phu.

Ha, si ce film avait été à la hauteur du déchirant concerto que Georges Delerue composa pour l’accompagner, quel sublime chef d’oeuvre il aurait été! Malheureusement, ce n’est pas le cas. Le parti-pris de représenter la bataille avec une multitude de personnages et une multitude de lieux était ambitieux mais force est de constater qu’il n’est pas tenu. Les transitions du montage paraissent arbitraires plutôt que soumises aux règles dramatiques d’une narration qui unifierait l’ensemble. La voix-off dont les interventions sont judicieuses aurait peut-être pu se faire plus présente, cela aurait accentué le lyrisme d’un récit qui ne décolle jamais vraiment.

Peut-être aussi aurait-il fallu davantage développer les personnages. En effet, ceux-ci ne sont guère intéressants car ils n’ont pas d’existence individuelle. Ils n’évoluent pas. Ils sont des symboles (tel le journaliste symbole de l’Amérique) dont les dialogues sont farcis de citations historiques sursignifiantes. Avec de tels rôles, pas étonnant que les acteurs semblent souvent à côté de la plaque. La mise en scène, qui n’est pas nulle mais quelque peu pataude, n’insuffle pas le souffle dramatique manquant. Reste la musique…

Cet échec est d’autant plus désolant à constater que, quoiqu’il s’agissait d’une commande, nul ne saurait douter de l’importance de cette oeuvre au coeur de Pierre Schoendoerffer.

Cul-de-sac (Roman Polanski, 1966)

Un gangster en cavale se réfugie dans un château habité par un couple d’aristocrates dégénérés.

Roman Polanski et son scénariste Gérard Brach ne tirent pas parti de cette situation potentiellement excitante. Faute de talent ou faute de modestie, leur huis-clos est dénué de toute tension dramatique. Plutôt qu’un thriller, ils ont réalisé un film en roue libre où ils se laissent aller à un absurde de supermarché. S’articulant autour de la thématique éculée de la jolie femme frustrée mariée à un aristocrate impuissant, Cul-de-sac est bourré de signes assénant au spectateur complice qu’il est face à un film « étrange et anticonformiste »: les plans récurrents sur des poules, un gamin qui prend la carabine et se met à tirer, le jeu grotesque et insupportable de Donald Pleasence…

Le problème est que cette dissémination est dénuée de la moindre cohérence. Chez Bunuel et Carrière, le surréalisme est d’abord un principe dramatique et en tant que tel, il n’a rien de gratuit, il exprime le nécessaire credo esthétique de l’auteur. Dans Cul-de-sac au contraire, il n’y a pas de mise en scène digne de ce nom, c’est à dire agencement des acteurs, des objets et des situations suivant une vision déterminée. Par exemple, toutes les scènes avec les invités n’ont aucune autre fonction (dramatique, plastique, poétique…) que celle de générer de la bizarrerie à peu de frais.

Il n’y a pas de mouvement, pas de gestion du temps. Le style du film est un style théâtral sans dramaturgie digne de ce nom et sans caractère intéressant. Les personnages sont des caricatures qui n’évoluent pas au cours du film. Les intentions (attaque de la morale, poésie de l’absurde…) sont lourdes, l’exécution manque de la plus élémentaire des rigueurs. Cul-de-sac est le faux bon film par excellence. Il n’y a qu’à comparer ce film avec un Losey ou un Bunuel réussi de la même période pour se rendre compte de l’indigence de la mise en scène de Polanski.

Soldat bleu (Ralph Nelson, 1970)

Broderie gauchiste autour du massacre de Sand Creek

Pourquoi réaliser un film sur cette tuerie sans proposer aucun point de vue sur les tenants et aboutissements des guerres indiennes ? Présentée tel que par le cinéaste, l’évènement reste à l’état de fait divers et n’est en rien représentatif de la politique indienne du gouvernement américain. Pour pallier à cette absence de réflexion, Ralph Nelson a opté pour une mise en scène choc, ne lésinant pas sur les effets gore lors des fusillades, mais ses effets racoleurs ne masquent pas longtemps la nullité de son propos. Il faut bien le dire, Soldat bleu se réduit à sa séquence finale ultra-violente. Encore aujourd’hui, c’est ce qui est resté dans les mémoires. Tout le reste n’est que prétexte à long-métrage sans grand intérêt. Par exemple, l’intrigue avec le trafiquant d’armes n’a aucune utilité dramatique par rapport au temps qu’elle prend à l’écran.

Le héros, bleusaille complètement innocente, rend le film complètement binaire. Il n’est là que pour conforter le spectateur dans un point de vue d’innocent face au massacre. Le traitement est donc purement illustratif, le spectateur n’est amené à se poser aucune question. Il y a d’un côté le bien représenté par lui et le héros et de l’autre le mal que Nelson circonscrit à une poignée de monstres en uniforme dont il peint les horreurs complaisamment. C’est nul. Reste la belle chanson du générique, interprétée par la tristement oubliée Buffy Sainte-Marie.