Chances (Allan Dwan, 1931)

Note dédiée à Stéphane

Pendant la première guerre mondiale, deux frères anglais sont amoureux de la même femme.

Avec son génie de la concision (70 minutes!) et sa délicatesse de ton qui n’exclue pas l’efficacité dramatique, Allan Dwan évite les écueils mélodramatiques d’un tel sujet pour en faire une tragédie feutrée, pleine de dignité et de sensibilité (Douglas Fairbanks Jr, Anthony Bushell et Rose Hobart sont tous trois excellents).

Les deux aventuriers (Jump for glory, Raoul Walsh, 1937)

Un cambrioleur tombe amoureux d’une riche demoiselle qu’il cambriolait mais son ancien acolyte se met en travers de leur bonheur.

Deuxième film tourné par Walsh en Grande-Bretagne, après O.H.M.S. Ce n’est pas franchement mieux sans être complètement nul, grâce à la présence féline Douglas Fairbanks Jr. On songe parfois à La main en collet, en beaucoup moins bien à cause d’une mise en scène nettement plus terne que celle du film de Hitchcock.

La patrouille de l’aube (Howard Hawks, 1930)

Pendant la première guerre mondiale, la dure et noble vie d’une escadrille aérienne chargée des missions les plus dangereuses.

La patrouille de l’aube est la matrice des chefs d’œuvre de Howard Hawks montrant des professionnels stoïques face à l’adversité. C’est un bien beau film, sobre dans ses effets dramatiques à l’exception certes de quelques gestes de la star du muet Richard Barthelmess qui appuient l’état d’esprit de son personnage. Un manque de souplesse typique des débuts du parlant n’empêche pas l’émotion d’advenir. Même : cette raideur accentue la noblesse de ces héros forcés de ne jamais s’appesantir sur le sort de leurs camarades tombés au combat. La patrouille de l’aube touche juste avec sa représentation pudique de l’amitié virile et sa valse infinie des chefs en tant de guerre: ce n’est pas une psychologie de convention mais le rôle assigné par l’armée qui détermine le comportement d’un personnage. D’où l’universalité d’un propos antimilitariste allant de pair avec la digne célébration de chaque soldat.

L’exilé (Max Ophuls, 1947)

Le roi Charles II en exil en Hollande se réfugie auprès d’une charmante aubergiste. Il doit reprendre son trône aux puritains mais apprécie la compagnie de la demoiselle.

Ce premier film réalisé par Max Ophuls à Hollywood est un pur plaisir de cinéma. C’est que le génie d’un grand cinéaste est aussi manifeste dans ses commandes que dans ses classiques; ce qui le distingue de ses collègues est alors d’autant plus éclatant. Ici, les mouvements aériens de la caméra si emblématiques du style d’Ophuls insufflent  à l’action une allégresse qui suffit à faire de L’exilé un des meilleurs films de cape et épée jamais tournés. Un des plus joyeux, un des plus dynamiques, un des plus vivants. Douglas Fairbanks Jr qui a produit et écrit le film est d’ailleurs un parfait héros du genre. Il court, grimpe, s’accroche, séduit et se bat avec une grâce virevoltante qui n’a rien à envier à celle, plus athlétique, de son père. Il offre aussi l’occasion à Max Ophuls de réaliser son unique chef d’œuvre centré sur un homme.

Par ailleurs, la gourmandise du grand démiurge qu’est Ophuls s’épanouit pleinement au sein du studio hollywoodien où il peut à sa guise contrôler tous les éléments de l’image, tel un enfant s’amusant avec ses Playmobils. Ainsi, sa mise en scène éloigne le film de toute forme de convention. Le découpage n’est pas classique mais met en valeur une Hollande délicieusement artificielle tout en étant au service des déplacements des personnages. La caméra d’Ophuls est merveilleuse en cela qu’elle donne à contempler chaque parcelle des magnifiques décors tout en restant focalisée sur les acteurs. Le fabuleux travelling du premier baiser est représentatif du génie du cinéaste: un génie enivrant et ludique à l’opposé d’une quelconque lourdeur décorative.

Jouir de l’instant présent pour faire de beaux souvenirs quand arrivera l’heure du devoir pourrait être la morale de L’exilé, film qui s’achève dans une mélancolie tout à fait inhabituelle pour le genre. Ici comme dans Le plaisir et La ronde, Max Ophuls exalte l’éphémère et, en mettant son goût exquis au service du genre le plus joyeux qui soit, réalise une sorte d’équivalent cinématographique aux pièces les plus légères de Mozart.

Scarlet dawn (William Dieterle, 1932)


Lors de la révolution russe, un officier du tsar fuit avec sa servante. L’amour va naître entre eux.

Voici un artefact de l’époque lointaine dans laquelle le tout-venant des studios hollywoodiens pouvait témoigner d’une capacité sans cesse renouvelée à surprendre le spectateur. Début des années 30. Le cinéma parlant américain s’invente. Le code de censure Hays ne s’est pas imposé, les genres ne sont pas tous différenciés, l’esprit est à nouveau celui des pionniers. Ce qui nous gratifie de charmantes curiosités telles que ce Scarlet dawn. Dans cette fresque historique qui dure moins d’une heure, l’opulence de la direction artistique n’a d’égal que la rapidité de l’enchaînement des péripéties. Les narrateurs atteignent évidemment un remarquable niveau de concision. Certes, personnages et situations n’ont pas beaucoup d’épaisseur mais William Dieterle est un esthète et le soin qu’il apporte à ses images apporte un surcroit d’intérêt à un film dont le schéma dramatique reste, au fond, convenu.

La dame au manteau d’hermine (Ernst Lubitsch, 1948)

Ce dernier film de Lubitsch (il mourut d’une crise cardiaque pendant le tournage qui fut achevé par son ami Otto Preminger) a été l’occasion pour lui de revenir à un genre qu’il avait génialement investi au début des années 30: l’opérette. Ce type de spectacle honni par l’intelligentsia fut le terrain de jeu de ce grand metteur en scène, l’occasion pour lui de parfaire un style léger et profondément subversif fait d’ellipses subtiles et de dialogues à double sens. Un peu moins ironique, légèrement plus mélancolique que La veuve joyeuse ou Une heure près de toi, La dame au manteau d’hermine n’en est pas moins une jubilatoire destruction des valeurs traditionnelle (les rangs des officiers et comtesses ne comptent plus face à leurs désirs qui sont évidemment l’objet du film), un enchantement de tous les instants, une ode moins épicurienne qu’à l’accoutumée mais plus onirique, un véritable hymne à la puissance du rêve qui se pare -cerise sur le gâteau- des teintes chaudes du Technicolor de Leon Shamroy.