The habit of happiness (Allan Dwan, 1916)

Un fils de bonne famille passant son temps à égayer les clochards est sollicité par l’entourage d’un milliardaire qui ne sourit jamais.

Ce bref synopsis montre combien The habit of happiness fut conçu comme un manifeste à la gloire de sa star: Douglas Fairbanks, rayonnante incarnation de la vitalité, de l’enthousiasme et de la joie. Le contempler entrain de rire, de bouger, de faire le coup de poing est un plaisir euphorisant qui se suffit à lui-même mais les auteurs à son service ne manquent ni d’inventivité, tel qu’en témoigne le gag métacinématographique de l’intertitre avec les vagabonds, ni de maîtrise, tel qu’en témoigne la vivacité du rythme des images.

Le métis (The half-breed/The Carquenez woods, Allan Dwan, 1915)

Le fils naturel d’un Blanc et d’une Indienne perturbe une petite ville de pionniers.

The half-breed est un des premiers films tournés par Douglas Fairbanks à son arrivée à Hollywood sous l’égide de la Triangle, la mythique firme créée par D.W. Griffith, Thomas Ince et Mack Sennett. Ayant grandi à l’écart de la civilisation, son personnage est à la fois fort et niais dans ses rapports avec les deux femmes qui se disputent ses faveurs. Le ton est d’une verdeur tout à fait étonnante. Et pour cause: ce western, comme tous les premiers films avec Douglas Fairbanks, a été écrit par Anita Loos, l’auteur des Hommes préfèrent les blondes. En fait, The half-breed tient autant du western que du marivaudage. Il a été conçu à une époque où les genres n’étaient guère contraignants; de son déroulement, émane une sensation de liberté tranquille.

L’intrigue n’a pas beaucoup d’importance, le drame n’est pas sur-explicité, plusieurs de ses aspects sont laissés à l’appréciation du spectateur (voir ainsi l’étonnante fin ouverte) et le film apparaît en définitive comme une succession de moments miraculeusement arrachés à la vie. Ce d’autant que la mise en scène de Dwan est d’un naturel sans commune mesure. La plénitude du style est totale. La vitalité grouillante de la représentation urbaine, avec ses seconds rôles hauts en couleur mais pas caricaturaux, n’a d’égale que la splendeur des forêts californiennes où a été tourné le film.

Arbres immenses et rivières écrasées par le soleil sont le cadre idéal de cette fable rousseauiste. Il n’y a pourtant aucun plan dont l’intérêt serait uniquement contemplatif, aucun plan qui ne fasse avancer le récit mais Dwan sait mettre en valeur la majesté des séquoia millénaires à travers la façon dont il intègre les personnage au décor. Ainsi de cette image où Douglas Fairbanks et Alma Rubens sont vus à l’arrière-plan d’un arbre fendu en deux. Plus qu’un simple cadre, le décor est le déterminant de l’action. Voir par exemple cette course-poursuite où le métis se cache dans un tronc après avoir couru dessus.

Douglas Fairbanks n’est pas aussi exubérant que dans les films qu’il produira lui-même quelques années plus tard. Cela ne l’empêche pas de courir, nager et bondir de temps à autre (il reste un homme des bois) mais son jeu subtilement gauche fait merveille face aux deux femmes interprétées par Alma Rubens et Jewel Carmen. D’une façon générale, l’interprétation brille par sa sobriété.

Bref: la mise en scène est si enchanteresse et la narration si moderne de par sa désinvolture qu’on en viendrait presque à oublier le propos ouvertement pro-Indien de ce western réalisé trente-cinq ans avant La flèche brisée (et soixante-quinze ans avant Danse avec les loups). Mais de ce point de vue et contrairement à certaines idées reçues, The half-breed fut loin d’être une exception au sein de la production de son époque.

Robin des bois (Allan Dwan, 1922)

Un noble anglais parti aux croisades avec son roi revient chez lui sous une autre identité pour déloger un usurpateur.

Cette version accorde plus de temps à la croisade qui est habituellement expédiée sous forme d’une rapide introduction dans les autres films sur le mythique héros. Ici, il faut attendre la moitié du métrage avant que lord Hundington ne revienne en Angleterre et ne se transforme en Robin des bois. D’une façon générale,  le film est long et aurait gagné à être plus concis. Superproduction qui a fait date dans l’histoire du cinéma muet pour le gigantisme de ses décors, Robin des bois montre que la corrélation entre inflation du budget et inflation narrative ne date pas d’hier à Hollywood.

Nonobstant cette relative lourdeur, Robin des bois reste un film d’une prodigieuse vitalité grâce à Douglas Fairbanks. La star, qui a produit et écrit le film, peut ici être considérée comme le véritable maître d’oeuvre. C’est autour d’elle que s’organise la mise en scène et ce n’est pas un hasard si la première partie, celle où Fairbanks ne joue pas encore Robin des bois et donc ne s’en donne pas à coeur joie, n’est guère intéressante. Le sourire large et permanent avec lequel il affronte ses ennemis, sa démarche toujours sautillante, ses cabrioles et ses voltiges expriment un entrain surjoué mais irrésistible et procurent une jouissance éminemment ludique qui renvoie directement à l’enfance. Voir ainsi la cruauté innocente et joyeuse avec laquelle il brise la colonne vertébrale (!!) du méchant.