Le masque de fer (Allan Dwan, 1929)

Vingt-cinq ans après avoir été séparés par Richelieu, d’Artagnan et ses amis se retrouvent pour contrer un complot d’usurpation royale.

Douglas Fairbanks et les scénaristes à sa solde ont allègrement mélangé -et trahi- Les trois mousquetaires et Le vicomte de Bragelonne. Mais ils l’ont fait intelligemment. Certes, la complexité tragique du dernier volet de la trilogie de Dumas a été évacuée au profit d’un manichéisme bien hollywoodien mais l’ensemble forme un récit cohérent même si riche en péripéties. Le rythme de ce Masque de fer compte parmi les plus parfaits de l’histoire du cinéma. L’action est pour ainsi dire continue. L’attention de la caméra aux cabrioles toujours impressionnantes de Fairbanks, âgé de 46 ans, n’empêche pas la restitution d’un monde grouillant et poétique grâce notamment à la variété somptueuse des décors et à la remarquable utilisation de la profondeur de champ. La cadence n’exclut pas la mélancolie, matérialisée par des surimpressions naïves et émouvantes. Bref, un chef d’oeuvre, cent coudées au-dessus du terne film de Niblo.

Les parias de la vie (The good bad man, Allan Dwan, 1916)

Dans le Wyoming, un bandit qui donne ses butins aux orphelins retrouve l’assassin de son père.

La mise en scène enlevée et parfois grandiose (des plans très larges pleins de cavaliers) ainsi que l’interprétation bondissante de Douglas Fairbanks transfigurent une dramaturgie des plus conventionnelles.

Les trois mousquetaires (Fred Niblo, 1921)

D’Artagnan et ses trois amis contrecarrent un complot de Richelieu contre la Reine.

L’exposition est trop longue, l’actrice qui joue Anne d’Autriche (Mary MacLaren) est incroyablement moche, le scénario a évacué toute la deuxième partie du roman, celle qui, axée sur Milady, lui insufflait certaine profondeur dramatique et, en dehors des -trop rares- séquences d’action mettant en valeur Douglas Fairbanks, la mise en scène est sans éclat. Bref, une adaptation hollywoodienne du classique de Dumas très en deça de la splendide version de George Sidney.

The habit of happiness (Allan Dwan, 1916)

Un fils de bonne famille passant son temps à égayer les clochards est sollicité par l’entourage d’un milliardaire qui ne sourit jamais.

Ce bref synopsis montre combien The habit of happiness fut conçu comme un manifeste à la gloire de sa star: Douglas Fairbanks, rayonnante incarnation de la vitalité, de l’enthousiasme et de la joie. Le contempler entrain de rire, de bouger, de faire le coup de poing est un plaisir euphorisant qui se suffit à lui-même mais les auteurs à son service ne manquent ni d’inventivité, tel qu’en témoigne le gag métacinématographique de l’intertitre avec les vagabonds, ni de maîtrise, tel qu’en témoigne la vivacité du rythme des images.

Le métis (The half-breed/The Carquenez woods, Allan Dwan, 1915)

Le fils naturel d’un Blanc et d’une Indienne perturbe une petite ville de pionniers.

The half-breed est un des premiers films tournés par Douglas Fairbanks à son arrivée à Hollywood sous l’égide de la Triangle, la mythique firme créée par D.W. Griffith, Thomas Ince et Mack Sennett. Ayant grandi à l’écart de la civilisation, son personnage est à la fois fort et niais dans ses rapports avec les deux femmes qui se disputent ses faveurs. Le ton est d’une verdeur tout à fait étonnante. Et pour cause: ce western, comme tous les premiers films avec Douglas Fairbanks, a été écrit par Anita Loos, l’auteur des Hommes préfèrent les blondes. En fait, The half-breed tient autant du western que du marivaudage. Il a été conçu à une époque où les genres n’étaient guère contraignants; de son déroulement, émane une sensation de liberté tranquille.

L’intrigue n’a pas beaucoup d’importance, le drame n’est pas sur-explicité, plusieurs de ses aspects sont laissés à l’appréciation du spectateur (voir ainsi l’étonnante fin ouverte) et le film apparaît en définitive comme une succession de moments miraculeusement arrachés à la vie. Ce d’autant que la mise en scène de Dwan est d’un naturel sans commune mesure. La plénitude du style est totale. La vitalité grouillante de la représentation urbaine, avec ses seconds rôles hauts en couleur mais pas caricaturaux, n’a d’égale que la splendeur des forêts californiennes où a été tourné le film.

Arbres immenses et rivières écrasées par le soleil sont le cadre idéal de cette fable rousseauiste. Il n’y a pourtant aucun plan dont l’intérêt serait uniquement contemplatif, aucun plan qui ne fasse avancer le récit mais Dwan sait mettre en valeur la majesté des séquoia millénaires à travers la façon dont il intègre les personnage au décor. Ainsi de cette image où Douglas Fairbanks et Alma Rubens sont vus à l’arrière-plan d’un arbre fendu en deux. Plus qu’un simple cadre, le décor est le déterminant de l’action. Voir par exemple cette course-poursuite où le métis se cache dans un tronc après avoir couru dessus.

Douglas Fairbanks n’est pas aussi exubérant que dans les films qu’il produira lui-même quelques années plus tard. Cela ne l’empêche pas de courir, nager et bondir de temps à autre (il reste un homme des bois) mais son jeu subtilement gauche fait merveille face aux deux femmes interprétées par Alma Rubens et Jewel Carmen. D’une façon générale, l’interprétation brille par sa sobriété.

Bref: la mise en scène est si enchanteresse et la narration si moderne de par sa désinvolture qu’on en viendrait presque à oublier le propos ouvertement pro-Indien de ce western réalisé trente-cinq ans avant La flèche brisée (et soixante-quinze ans avant Danse avec les loups). Mais de ce point de vue et contrairement à certaines idées reçues, The half-breed fut loin d’être une exception au sein de la production de son époque.