Les poings dans les poches (Marco Bellochio, 1965)

Un jeune homme de bonne famille un brin dérangé dans sa tête organise l’extermination de sa famille.

Attention, film scandaleux! L’auteur OSE filmer un matricide. Ce qui lui a permis d’offrir à son premier film une petite réputation lors de sa sortie en 1965. C’est que ce n’est clairement pas le style de son metteur en scène qui distingue Les poings dans les poches (son prix obtenu au Festival de Locarno demeure pour moi une énigme). Entre platitude académique et hystérie opératique, la mise en scène est vague et imprécise. La pesanteur des intentions anti-bourgeoises n’a d’égal que l’absence de regard net de la part du réalisateur sur son sujet. Un film d’adolescent en somme. Mais un adolescent sans fièvre, sans passion. Un adolescent franchement chiant.

Track of the cat (William Wellman, 1954)


Dans un ranch reculé, la traque d’une bête sauvage révèle les sentiments et les personnalités.
Western camouflé en drame familial ou drame familial camouflé en western, difficile à dire tant les deux genres communiquent dans ce film, la frontière sauvage étant le catalyseur du récit familial.
Aussi étrange que ça puisse paraître, ce film hollywoodien m’a rappelé le cinéma de Dreyer. L’histoire, la tragédie d’un foyer où l’austérité traditionaliste protestante règne en maître, avance par scènes voire par monologues. Cette écriture ouvertement théâtrale est d’ailleurs la limite de Track of the cat, le film aurait gagné à avoir des dialogues moins abondants et plus simples (je pense aux tirades quasi-métaphysiques du personnage de Robert Mitchum réfugié tout seul dans une grotte). Heureusement, les acteurs sont tous excellents, premiers comme seconds rôles, avec une mention spéciale à Beulah Bondi (la grand-mère dans Place aux jeunes!) en mère de famille d’une dureté inouïe. Wellman, comme Dreyer, parsème son film de fulgurances visuelles qui frappent par leur épure. Ainsi de la séquence d’enterrement devant laquelle il est difficile de ne pas penser au maître danois qui allait réaliser Ordet l’année suivante.
Finissons en ajoutant aux réserves une musique surdramatisante, et l’on comprendra que Track of the cat est un film qui souffre d’une dramaturgie trop lourde mais qui reste intéressant par bien des aspects. Ce n’est pas de tous les westerns que l’on se dit « tiens, il aurait pu être réalisé par Dreyer » !

Des gens comme les autres (Ordinary people, Robert Reford 1980)

C’est avec ce drame familial, son premier film en tant que réalisateur, que Robert Redford a chipé l’Oscar à Martin Scorsese l’année de Raging bull. A la vue des premières images, il serait facile de stigmatiser le conservatisme d’une académie qui privilégierait sujets lourds de sens (psychanalyse…) et imagerie néoclassique face au style baroque et violent de Scorsese. Pourtant Des gens comme les autres est un très beau film, dans la veine d’un certain cinéma américain des années 50: celui de Nicholas Ray ou d’Elia Kazan. Celui sur la faiblesse d’Américains qui se démènent tant bien que mal avec leurs sentiments. Ici, la psychanalyse est au centre de l’histoire racontée, ce n’est pas un apparat intellectualisant fait de symboles lourdingues, c’est un sujet pris à bras le corps et vecteur d’émotions. Les personnages -tous excellemment interprétés- sont magnifiques, aucun -même le personnage de la mère incompréhensive- n’est surchargé, aucun ne semble sacrifié au scénario, leurs motivations, leurs sentiments sont parfaitement exprimés. La mise en scène classique donne un sens profond à ce qui est filmé sans souligner quoi que ce soit. Je pense notamment à cette séquence déchirante de la photo de famille. La bande-son comporte de superbes standards classiques (canon de Pachelbel) utilisés de façon parcimonieuse, émouvante mais pas pathétique. Grâce à une finesse exemplaire dans l’écriture et l’interprétation, Des gens comme les autres est un des drames familiaux parmi les plus justes et les plus bouleversants qui soient.