Outrage (Ida Lupino, 1950)

Brûlant, sensible, direct, Outrage est un film qui ne s’embarrasse guère des convenances esthétiques. A l’époque, il n’y a guère que chez Fuller que l’on retrouve un tel filmage « droit au but » et une telle fièvre. Ida Lupino ne craint pas les outrances du mélodrame pour traiter son audacieux sujet, la destruction psychologique d’une jeune victime de viol. Outrage montre implacablement -en 75 minutes- que la plus terrible des conséquences du viol est l’impossibilité absolue d’accorder sa confiance à autrui, ce qui entraine une quasi-mort aussi bien psychologique que sociale. Fondamentalement, c’est donc la foi qui a été perdue, foi essentielle à la vie et il était alors naturel que la renaissance de la jeune fille passe par sa rencontre avec un prêtre. Bien que les effets de la mise en scène soient volontairement appuyés, le scénario est d’une belle simplicité. La crédibilité des archétypes n’est pas mise en doute une seule seconde par le spectateur grâce a la prodigieuse justesse des comédiens (inconnus pour la plupart, citons au moins celle qui interprète l’héroïne: la jeune Mala Powers dont l’incandescence rappelle Ida Lupino actrice).
Qu’importe la grossièreté des ficelles du scénario, qu’importe la faiblesse apparente des moyens à disposition, cette série B autoproduite montre que de telles contingences peuvent être balayées par la foi profonde d’une réalisatrice énergique en son art.