Des amis comme les miens (Such good friends, Otto Preminger, 1971)

La jeune épouse d’un directeur artistique dans le coma se rend compte des infidélités de ce dernier.

En adaptant ce best-seller de Lois Gould, Otto Preminger s’intéressait aux jeunes gens urbains, riches et hédonistes de la fin des années 60. Aussi versatile qu’ait été le talent de l’auteur de Rivière sans retour et Tempête à Washington, on pouvait difficilement imaginer univers plus éloigné du sien. S’il y a bien une constante chez Preminger, c’est l’absence de sentimentalisme. S’il y a bien un domaine où il n’a jamais excellé, c’est le comique. Or Such good friends est justement une satire dans laquelle l’héroïne traverse une crise sentimentale. Il s’agit de révéler l’envers des apparences sociales à travers le regard d’une épouse candide et trompée.

Le problème est la grossièreté de certains des moyens employés par le cinéaste. Le naturel et la fluidité, si emblématiques des réussites premingeriennes, font ici défaut. Les gags graveleux du début sont simplistes et navrants. Otto Preminger, qui fut un cinéaste parmi les plus élégants, n’est pas à l’aise avec son matériau et ça se sent. L’expression de ses intentions est souvent littérale ou kitsch (la chanson finale: du sous-Bennett). Les ressorts du drame sont également faciles et artificiels, à l’image du coup du calepin où le malade avait comme de fait exprès noté toutes ses conquêtes. Cette désinvolture dans l’écriture est à l’opposée de l’implacable rigueur des précédents échafaudages dramatiques du maître viennois.

Malgré cela, une certaine vérité émane du personnage de l’héroïne. La consistance inattendue de la bimbo est bien gérée. Dyan Cannon est vraiment une des grandes actrices oubliées du cinéma américain des années 70. C’est ici évident. On reconnaîtra aussi que les auteurs ont présenté -avec une certaine finesse du fait peut-être qu’il reste hors-champ une bonne partie du temps- un type jusqu’alors plutôt rare à l’écran:  le connard sympathique à qui tout réussit.

Somme toute, Such good friends est loin d’être un désastre de l’ampleur de Skidoo mais on se prend à rêver de ce que le tact du Blake Edwards des années 80 ou la sensibilité du Richard Brooks de The happy ending auraient insufflé à un tel sujet.

Bob & Carol & Ted & Alice (Paul Mazursky, 1969)

Deux couples de riches trentenaires américains voient leurs repère moraux vaciller suite au week-end de l’un d’entre eux dans une communauté hippie.

Comme le synopsis l’indique, c’est un pur film de société donc c’est assez daté. Néanmoins, le sujet est bien traité car la distance de l’auteur est juste. Bob & Carol & Ted & Alice n’est ni apologie ni condamnation de la liberté sexuelle mais subtile observation de personnages qui y sont confrontés. Il est intéressant et parfois drôle de voir ces trentenaires un peu trop vieux pour être au centre de la révolution sexuelle s’essayer à l’adultère consenti avec tout ce qu’il faut de bonne volonté avant de finalement buter devant le caractère absurde de cet oxymore: « amour libre ». Ce n’est cependant pas très passionnant car on les voit plus parler de leurs sentiments que les vivre effectivement (ainsi toutes les aventures ont lieu hors-champ). Vous pourrez me rétorquer que c’est aussi le cas chez Eric Rohmer, cinéaste souvent encensé sur ce blog. Seulement chez Rohmer, il y une science de la narration, un goût du suspense et une intelligence quasi-diabolique de la mise en scène à peu près absents ici. Bref, Bob & Carol & Ted & Alice brille essentiellement par sa justesse. Justesse des comédiens, justesse du déroulement des situations. C’est déjà pas mal et ça suffit à en faire un bon film.