Héros d’occasion (Hail the conquering hero, Preston Sturges, 1944)

Un jeune homme reformé après un mois d’entraînement rencontre des Marines dans un bar qui l’incitent et l’aident à faire croire à sa mère veuve de guerre qu’il est, comme eux, rentré en héros de Guadalcanal.

La mécanique est habile mais non dénuée d’artifices théâtraux pour boucler l’intrigue; par exemple, la fiancée du héros est également courtisée par le fils de son rival dans l’élection municipale…La réduction de la ville à une demi-douzaine de personnages, le verrouillage du récit, limitent la portée de la comédie même si quelques notations gentiment satiriques, pas toujours intégrées dans la mise en scène avec le plus grand des naturels, font mouche. Bref, c’est un film typique de Preston Sturges, un film de scénariste, bien sans être génial.

Miracle au village (Miracle of Morgan’s Creek, Preston Sturges, 1944)

Pendant la Seconde guerre mondiale, un homme que l’armée a recalé tente de limiter les dégâts suite au mariage, lors d’une fête trop arrosée, de la femme qu’il aime avec un soldat parti au front.
Toute la première partie avant le mariage est très bien vue, l’enchaînement des situations particulièrement brillant montrant l’homme se mettre petit à petit dans un pétrin hallucinant pour les beaux yeux de la femme. Par la suite, Preston Sturges s’éloigne du couple pour aller vers une dérision plus générale, dans laquelle il exerce avec virtuosité son comique de l’absurde et de la destruction. Les nombreuses séquences qui se concluent par la chute d’un personnage renvoient aux grandes heures du burlesque. Néanmoins, aussi brillantes que puissent être son écriture et sa mise en scène, il manque peut-être à Sturges une vision du monde qui le hisserait au niveau des plus grands. La mécanique profondément humaniste de Lubitsch, la foi inébranlable de McCarey, ou même la délicieuse régression adolescente de Hawks, étaient la marque de grands artistes qui chacun à leur façon révélaient une vérité essentielle sur le couple ou sur le monde. En revanche, la verve essentiellement destructrice de Sturges -qui n’a rien d’anarchisante au contraire de celle des Marx par exemple- a une portée plus limitée. Les personnages ne sortent guère de leur caractérisation grotesque. Ainsi, alors que McCarey et Lubitsch savaient faire rire sans sacrifier l’émotion, on ne croit pas une seule seconde aux pleurs de Betty Hutton qui est d’ailleurs une actrice assez insupportable.
Mais que ces quelques réserves n’induisent pas l’amateur en erreur: Miracle au village est un film certes superficiel mais jubilatoire et très drôle. Ce qui est le principal pour une comédie.