Les invités de 8 heures (George Cukor, 1933)

Dans la haute-société new-yorkaise, huit invités à un dîner sont suivis durant la semaine précédant ce dîner.

La force -limitée- du film, adapté d’une pièce de théâtre, demeure théâtrale car basée uniquement sur de bons acteurs et des dialogues ciselés. Certes, Cukor filme ces scènes de conversation avec  une fluidité rare compte tenu de l’époque du tournage (début du parlant) mais l’impression de narration artificielle demeure. Voir notamment les trop nombreux arrangements avec la temporalité, si typiques d’un récit théâtral.

Madame et ses partenaires (Part time wife, Leo McCarey, 1930)

Un PDG tente de reconquérir sa femme délaissée en se mettant au golf.

Véritable ébauche de Cette sacrée vérité. On y retrouve l’intrigue mais aussi plusieurs détails tel l’importance d’un chien. On décèle aussi le talent de Leo McCarey pour le contraste émotionnel. Grâce à son attention à chacun des personnages et à son jusqu’au boutisme, il fait passer le spectateur de l’amusement à la poignante gravité à l’intérieur d’une même séquence sans que ça ne paraisse forcé. Les ruptures de ton les plus frappantes, tel le gazage du chien, ne sont pas artifices lacrymaux décorrélés du reste mais justifient l’oeuvre dans toute sa profondeur; ainsi l’improbable amitié entre un PDG et un gamin vagabond est-elle expliquée par une solidarité de coeur. Edmond Lowe n’a pas le génie comique de Cary Grant et le découpage n’est pas aussi fluide que celui du chef d’oeuvre de 1937 mais, pour un film de 1930, Madame et ses partenaires est un film aéré et dynamique. En dehors de Soupe au canard qui appartient autant aux Marx brothers qu’à son réalisateur, c’est, de loin, le meilleur long-métrage de McCarey d’avant L’extravagant Mr Ruggles.

Vive la France! (Roy William Neill, 1918)

Dans un village de France occupée par les Allemands, une infirmière aide un messager de l’armée alliée…

La grossièreté propagandiste de la dramaturgie (abondantes citations de Paul Déroulède sur les cartons…) n’empêche pas de prendre un vrai plaisir lors de la projection grâce à la « facture Ince »: pertinence de l’intégration des images documentaires, aspect réaliste du décor, habileté du découpage, clarté de la photo, science du cadre, ampleur des scènes de bataille, vivacité du rythme…En dehors de certains excès de l’interprétation, c’est un bréviaire de classicisme cinématographique qui n’a rien à envier à Griffith si ce n’est la mièvrerie.

Au service de la gloire (What price glory, Raoul Walsh, 1926)

Dans un village picard pendant la première guerre mondiale, un capitaine des Marines retrouve un sergent avec lequel il a l’habitude de se battre pour les femmes.

Cela manque de concision à certains endroits mais, cinéaste au sommet de son art, Raoul Walsh mêle magnifiquement la truculence (beaucoup), l’émotion (un peu) et la virtuosité spectaculaire (plus que dans son oeuvre ultérieure, les artifices de la Fox sont notamment utilisés pour styliser les grandioses batailles). Magistral et en tous points supérieur à la version de Ford tant l’inventivité visuelle et, aussi, une plus grande empathie de Walsh envers les « femmes à soldats », empêchent ici la verdeur de sombrer dans la vulgarité.

Rivaux (Under pressure, Raoul Walsh et Irving Cummings, 1935)

A New-York, deux équipes rivales percent un tunnel sous la mer…

Les quelques notations documentaires (ainsi des risques de malaise encourus par les ouvriers lorsqu’ils remontent à la surface) sont ce qu’il y a de plus intéressant dans ce digne et conventionnel petit film à la gloire des perceurs de tunnel.

Born reckless (John Ford, 1930)

Le destin d’un gangster, Edmond, envoyé au front, qui tente de se ranger à son retour…
L’histoire rappelle L’impasse de De Palma parce qu’elle est axée autour de la confrontation entre la communauté qui a fait grandir Edmond (et qui est en fait un gang) et ses convictions profondes qui font de lui quelqu’un de « bien ». Non, la communauté n’a pas toujours été l’idéal chez Ford. Dès 1930, il démysthifie: il se moque des envolées du dignitaire qui voit de valeureux paysans « abandonnant la charrue pour le fusil » dans les soldats, en fait des criminels que le juge a eu l’idée d’envoyer au front parce que qui mieux que des meurtriers peut faire la guerre ? Ça vous rappelle Les 12 salopards ? Normal, Ford a toujours filmé la réalité plus que la légende, simplement il n’avait pas besoin de la vulgarité aldrichienne ou peckinpesque pour l’exprimer. Sa mise en scène est d’une sécheresse qui sait se faire sentimentale lorsqu’il s’agit par exemple de filmer le retour d’un soldat à son foyer, séquence éminamment fordienne s’il en est. Trois ans après sa sortie, L’aurore continue d’influencer le style du réalisateur, toujours sous contrat avec William Fox. Cela se ressent dans la scène marécageuse de la fin, utilisant à merveille les artifices du studio. Le scénario de Dudley Nichols, son deuxième pour Ford, manque un peu d’unité dramatique mais le rythme de la narration ne manque pas de vivacité.
Born reckless est un beau film qui sans être parfaitement abouti contient ce qui fait la grandeur de Ford: cette vérité des êtres exposée à travers une mise à jour profondément respectueuse de leurs illusions, cet art qui va au-delà des genres (Born reckless peut-être vu tout aussi bien comme un film de guerre que comme un mélo ou un film de gangsters…).