Les conquérants (William Wellman, 1932)

De 1873 à 1930, entre le Nebraska encore sauvage et New-York, l’ascension, parsemée de quelques drames, d’un banquier avec son épouse.

Le génie cinématographique de William Wellman, apte à condenser une situation dramatique en une seule image grâce à son inventivité visuelle, génie sensible aussi bien dans les scènes d’action (l’attaque sur le bateau, le lynchage…) que dans les fulgurantes ellipses temporelles propres au genre (vingt ans en trois minutes, chargés d’émotion) vivifie, dynamise et enrichit la fresque édifiante, fresque un peu desservie par un interprète principal -Richard Dix- pas tout à fait à la hauteur.

Une nuit seulement (Only yesterday, John M.Stahl, 1933)

Un notable reçoit une lettre où une femme avec qui il a couché il y a dix ans lui dit tout son amour.

Soi-disant adapté du livre historique éponyme de Frederick Lewis Allen, Only yesterday reprend en fait la trame de Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig. La comparaison avec l’adaptation officielle de la nouvelle, réalisée par Max Ophuls en 1948, ne joue pas en sa faveur tant le style de John Stahl, sec et théâtral, tend vers l’académisme. Ainsi réduites à leur plus simple expression, les saugrenues péripéties du mélo -en particulier la fin- n’en apparaissent que plus consternantes. Cependant, Margaret Sullavan, peut-être l’actrice américaine la plus émouvante des années 30, insuffle à son personnage, et donc au film, une consistance inattendue. De plus, il faut être juste: quelques séquences sont mises en scènes avec attention et sensibilité. Je pense par exemple à la première nuit entre les deux personnages où les scintillements nocturnes, les gros plans sur le visage de l’actrice et un détail concrètement érotique évoquent L’adieu aux armes de Borzage, chef d’oeuvre du cinéma romantique s’il en est.