Las Vegas, un couple (The only game in town, George Stevens, 1970)

A Las Vegas, une femme qui attend que son riche amant divorce rencontre un pianiste de bar cherchant à gagner 5000 dollars pour quitter la ville.

L’origine théâtrale du film se fait un peu lourdement sentir: les dialogues prennent trop de place et les rebondissements paraissent parfois artificiels. Le découpage, appliqué mais précis, restitue bien l’espace du deux-pièces servant de décor à la majorité du film. Parfaitement interprété par Liz Taylor et Warren Beatty, ce dernier film de George Stevens est assez beau en ceci que les personnages brisent eux-mêmes leurs rêves, par amour.

Le grand National (National Velvet, Clarence Brown, 1944)

Une petite fille se met en tête de gagner la course hippique du grand National…

Ce film édifiant et longuet ne raconte finalement pas grand-chose. Il est difficile de comprendre l’amour démesuré de la gamine pour son canasson. Heureusement, il y a la splendeur des images en Technicolor (paysages verdoyants, robe orangée du cheval) et, aussi, une bonne scène de course.

Love is better than ever (Stanley Donen, 1952)

Une jeune professeur de danse provinciale va à New-York pour un gala annuel et se fait séduire par un imprésario de Broadway…

La gentille satire des mœurs provinciales, le joyeux cynisme du héros, le charme de la jeune Liz Taylor qui ne rechigne pas à montrer ses jambes, les gags surprenants et parfois méchants occasionnés par des enfants filmés au naturel (à en croire Stanley Donen dans son entretien donné aux Cahiers du cinéma en mai 1963) et la vivacité de la caméra assurent une agréable fraîcheur à cette comédie romantique.

Le chevalier des sables (The sandpiper, Vincente Minnelli, 1965)

En Californie, une artiste peintre forcée par les autorités d’envoyer son fils en pensionnat séduit le directeur, un homme d’église…

Le genre de film qui fait amèrement regretter le temps révolu de la grandeur d’Hollywood. A l’exception des paysages naturels de Big Sur, tout ici respire la perfection somptueuse du film de studio, une perfection heureusement irriguée par la sensibilité d’un cinéaste authentiquement humaniste. Images de soleil couchant sur la mer en Cinémascope, voluptueuse bande originale (où Johnny Mandel a composé comme ça, au passage, un standard: The shadow of your smile), opulence de la direction artistique, précision classique du découpage.

Cette ode à l’harmonie est une leçon de mise en scène où Vincente Minnelli montre tranquillement sa supériorité sur ses jeunes (et moins jeunes) confrères européens. Toujours judicieusement, il sait nuancer ou appuyer le sens du scénario. En 1965, il n’y avait que lui pour bouleverser le spectateur avec une scène d’amour devant un feu de cheminée. Il réussit non pas en détournant le cliché mais en en rajoutant une couche: ainsi un oisillon vient-il se poser sur Liz Taylor pendant qu’elle est dans les bras de Richard Burton. C’est sublime et cela sonne juste (cet oisillon étant soigné par le personnage de Liz Taylor, sa fonction n’est pas décorative).

Le sentiment de plénitude qui se dégage à la vision du Chevalier des sables vient aussi de la noblesse d’un script où « chacun a ses raisons », de l’absence de caricature (la peinture de la communauté proto-hippie de Big Sur est infiniment plus juste que dans Seconds, film contemporain réalisé par un « jeune ») et de la grandeur des sentiments qui animent les personnages, fussent-ils dévoyés. Cet ultime chef d’oeuvre de Minnelli a ainsi des airs de film de Nicholas Ray revu par Leo McCarey.

Une place au soleil (George Stevens, 1951)

Le neveu d’un magnat du textile est partagé entre deux amours: une jeune employée de son oncle et une riche héritière.

Premier souci: comment croire à l’hésitation d’un jeune homme entre une fille pauvre, moche et geignarde et une fille belle, riche et hédoniste? Comment hésiter une seule seconde entre Shelley Winters et Elizabeth Taylor? Vu la nullité du dilemme, on peut se dire que le cinéaste va tout mettre en œuvre pour nous y faire croire. Après tout, n’est-ce pas le propre du cinéma que de nous faire croire à l’incroyable? Ce qui nous amène au second souci: il n’y a pas beaucoup de cinéma dans Une place au soleil. Il y a plutôt des signes extérieurs de cinéma. Violons dégoulinants signés Franz Waxman, jeu suraffecté de Monty Clift et péripéties mélodramatiques sont censés nous émouvoir mais l’essentiel n’y est pas.

Pas un instant George Stevens ne se pose de questions sur la vraisemblance de ce qu’il met en scène. Le premier souci ne le soucie guère. Ainsi il est d’autant plus difficile de croire à l’amour entre le héros et le personnage de Shelley Winters que le patron a interdit à son neveu de fricoter avec les employées (condition nécessaire à l’éclosion du drame). On voit le fil blanc qui a servi à coudre le scénario… Malheureusement le réalisateur se contente de dérouler son intrigue débile sans prêter d’attention aux personnages. Il n’y a qu’une banale scène de séduction au cinéma et ensuite le spectateur est censé croire à l’amour entre les deux personnages. C’est bien trop rapide. Le réalisateur ne s’attarde jamais sur un geste, sur un visage, sur une parole pouvant rendre tangible le désir amoureux. Son découpage est celui d’un robot faiseur de films, il est dénué de tout lyrisme. Ni lyrique ni réaliste, le traitement est purement académique. Et une oeuvre sentimentale ne saurait s’accommoder d’un traitement académique. D’où l’échec d’un film qui ne fonctionne jamais, qui paraît faux de bout en bout.

Enfin, le dénouement qui voit le héros accepter sa condamnation parce que mère et prêtre l’ont convaincu que l’acte et la pensée de l’acte ont la même gravité véhicule une morale sinistrement puritaine et achève d’enterrer Une place au soleil sous sa propre connerie.