Les pièges de Broadway (The rat race, Robert Mulligan, 1960)

Ce deuxième film de Robert Mulligan n’est certainement pas son plus réussi. Le scénario n’est n’est pas très fin dans sa démonstration du « New-York, c’est la jungle pour les âmes pures venues de la province ». La mise en scène est assez statique, la dramaturgie évolue principalement via de longs dialogues -souvent justes- filmés en champ-contrechamp. Malgré cela, le film se suit avec plaisir grâce surtout à l’excellent duo de comédiens, Tony Curtis et Debbie Reynolds, dont les personnages sont très attachants. Un joli film.

Une certaine rencontre (Robert Mulligan, Love with the Proper Stranger, 1963)


Merveilleux !
Un film qui, via un réalisme saisissant et des questions brûlantes abordées de front, régénère le pouvoir enchanteur du meilleur cinéma hollywoodien, pouvoir alors amenuisé par la fin de l’âge d’or des studios. En effet, le film démarre comme un drame intimiste avant de s’achever comme une comédie romantique sans que jamais le spectateur ne perçoive la transition. C’est que les clichés eux-mêmes sont des ressorts dramatiques puisque Une certaine rencontre peut être résumé comme la confrontation entre l’amour comme idéal formaté par les contes de fées et Hollywood et l’amour comme réalité sociale généralement contraignante (mariage…). Le film n’est ni plus ni moins que l’histoire d’une jeune femme à l’esprit indépendant (une femme « moderne » diront certains) qui va tenter de trouver sa voie entre le poids des traditions familiales et ses images d’adolescente qu’elle sait surannées mais qu’elle ne peut s’ôter de la tête. Ou comment composer avec la réalité pour trouver son bonheur. Le style de Robert Mulligan convient parfaitement à cette histoire à la fois crue et optimiste; c’est une parfaite synthèse entre acquis des nouvelles vagues (filmage dans la rue, ellipses audacieuses qui dynamisent la narration, représentation mature de la sexualité) et clichés utilisés avec justesse (la séquence dans le taxi de nuit, très hollywoodienne). Grâce à ce génie de la composition, le cinéaste arrive à de véritables miracles -tel, dans la séquence centrale de l’œuvre, la captation de la naissance du sentiment amoureux. De plus, la musique doucement lyrique d’Elmer Bernstein se marie à merveille aux images de Mulligan.
Enfin, il serait inconvenant de finir une chronique, si minime soit-elle, d’Une certaine rencontre sans parler du couple de vedettes. Steve McQueen est étonnant dans ce rôle à contre-emploi d’homme un peu terne dépassé par la situation.
Et, j’ai gardé le meilleur pour la fin, Natalie Wood est juste resplendissante dans ce petit chef d’œuvre. Comme j’espère vous en avoir convaincu, le film est excellent, mais Natalie est y tellement belle -ses yeux, son sourire, son corps, ses diverses coupes de cheveux, tout, tout, absolument tout concourt ici à l’élever au rang d’incarnation de la perfection féminine- qu’à elle seule elle justifie un coup d’oeil attentif sur cette oeuvre injustement méconnue du non moins injustement méconnu Robert Mulligan.