Ferragus (Gaston Ravel, 1923)

Les membres d’une société secrète empêchent un jeune homme de compromettre la fille de leur chef.

Pour une fois, le talent cinématographique de Balzac s’est concrétisé à l’écran. Même si Gaston Ravel n’est pas un génie de la mise en scène, il est suffisamment habile dans son découpage pour insuffler mystère, pittoresque et dynamisme à ce qu’il montre. Le cinéma est l’art idéal pour retranscrire les fantasmes suscités par le regard, sujet profond (parmi d’autres) de Ferragus et, à ce niveau, Ravel s’en sort bien. René Navarre, premier interprète de Fantomas, est parfait dans le rôle éponyme. Arthur Bernède, l’adaptateur, a trahi le roman à plusieurs endroits. Présenter la société des XIII dès le début du film change profondément la logique de la narration mais, dans une visée « serialesque », c’est un choix qui se défend. En revanche, le nouveau dénouement est regrettable: le tragique balzacien est troqué contre la plus pure des niaiseries.

Le roi de Camargue (André Hugon, 1922)

En Camargue, un guardian protège sa fiancée contre une bohémienne qui veut se venger parce qu’elle lui a refusé de l’huile d’olive.

Adaptant le poète méridional Jean Aicart, André Hugon a réalisé un très bon film grâce à son sens du décor naturel. La large place accordée à la sansouïre désertique où évoluent des troupeaux guidés par des hommes à cheval donne au Roi de Camargue des allures de western. La mièvrerie de certains traits est estompée par le réalisme documentaire des nombreuses scènes folkloriques et par l’épatante dernière partie où la violence extraordinairement réaliste et brutale d’une bagarre dans la lagune succède au tragique d’un enlisement dont la poésie visuelle évoque immanquablement La nuit du chasseur.