Le plus vieux métier du monde (Claude Autant-Lara, Mauro Bolognini, Philippe de Broca, Franco Indovina, Michael Pfleghar et Jean-Luc Godard, 1967)

A la Préhistoire, dans l’Antiquité romaine, pendant la Révolution française, à la Belle époque, de nos jours et dans le futur, l’histoire de la prostitution vue à travers six sketches.

Ça va du très nul (la Préhistoire selon Franco Indovina) jusqu’au pas mal (la Révolution française par de Broca ou la Belle-époque par Michael Pfleghar) en passant par le bellement improbable (l’anticipation de Jean-Luc Godard dans la droite lignée de Alphaville).

L’inassouvie (Dino Risi, 1960)

Un dandy désabusé s’entiche d’une actrice de péplum…

La transformation d’un cynique au contact d’une fille de peu est joliment appréhendée dans ce drame pas du tout comique. L’interprétation de Peter Baldwin, idéal mélange d’élégance et d’inconsistance mondaine, sied parfaitement au rôle principal tandis que la virtuosité de Dino Risi (pertinence de l’utilisation des panoramiques, de l’écran large et des contrastes) restitue les personnages et les lieux (baie de Capri, rues de Rome) avec souplesse et précision. On regrettera cependant la dernière partie qui voit le récit évoluer en un drame de la jalousie attendu et légèrement répétitif.

De l’amour (Jean Aurel, 1964)

L’histoire de plusieurs couples est la matière de réflexions sur l’amour.

Qui mieux que Jacques Laurent, qui écrivit une fin de Lamiel, pour adapter Stendhal? De fait, Cecil Saint-Laurent (c’est ainsi qu’il signait ses scénarii) a brillamment prolongé le texte original, tant et si bien que l’on a bien du mal à distinguer ce qui relève de l’écrivain original de ce qui relève du hussard continuateur dans l’abondante voix-off. De l’amour est en effet un film où c’est le commentaire, tantôt développement théorique tantôt contrepoint ironique, qui donne son sel à l’action. Illustrer l’essai de Stendhal avec des histoires de couples contemporains rend les réflexions moins difficiles à digérer et renforce l’éclat de leur pertinence d’autant que l’élégance de la mise en scène de Jean Aurel -entre Kast et Rohmer- et la grâce sophistiquée d’Elsa Martinelli s’accordent parfaitement à la prose cristalline du grand Beyle.

La fille de la rizière (Raffaello Matarazzo, 1955)

Le propriétaire d’une rizière croit reconnaître sa fille naturelle dans une de ses employées saisonnières.

Entrepris conjointement par les deux magnats Carlo Ponti et Dino De Laurentiis pour surfer sur la vague initiée par Riz amerLa fille de la rizière peut être vu comme le plus hollywoodien des nombreux mélodrames réalisés par Raffaello Matarazzo. Plastiquement parlant, c’est un film somptueux. Pour une fois, les couleurs du Ferraniacolor ne manquent pas de chaleur et rendent justice aux verdoyants paysages piémontais.  L’esprit de Busby Berkeley anime les mouvements chorégraphiques des ouvrières dispersées sur toute la largeur du Cinémascope. Certes, cette beauté est essentiellement décorative. Comme dans Riz amer, filmer les ouvrières au travail sert plus à exhiber leurs gambettes qu’à enrichir le récit d’une dimension sociale.

Ce récit reste assez basique. Il a cependant le mérite d’être moins tiré par les cheveux que ceux de la série Nazzari/Sanson. L’accélération finale n’empêche pas qu’ici, Matarazzo préfère prendre son temps pour raconter son histoire plutôt que d’accumuler les rebondissements. Le drame central s’en trouve amplifié. Enfin, si, quoique plus superficiel que les chefs d’oeuvre américains du genre, La fille de la rizière permet de passer un excellent moment, c’est aussi et surtout grâce à la présence d’Elsa Martinelli dont le corps sublime allie la grâce angélique d’Audrey Hepburn à la sensualité méditerranéenne de Claudia Cardinale. C’est autre chose qu’Yvonne Sanson.