Les rôdeurs de la plaine (Flaming star, Don Siegel, 1960)

Une famille où la mère est indienne et le père est blanc est tiraillée au moment où une nouvelle guerre avec les Indiens est imminente.

Ce film avec Elvis ne ressemble pas à un film avec Elvis. D’abord, il n’y chante que dans le générique et dans la scène de fête familiale qui ouvre le film. Ensuite, l’oeuvre est d’un jusqu’au-boutisme pessimiste qui, même considéré dans le cadre général de la production hollywoodienne de l’époque, étonne. Don Siegel met en scène le drame de ce métis victime du rejet des différentes communautés avec la franche dureté qui lui est propre. Son découpage est sec, utilisant bien le Cinémascope, et les scènes d’action sont parsemées de notations très violentes comme lorsque le personnage de Presley cogne la tête d’un cow-boy qui a mal parlé à sa mère. Sans être un comédien exceptionnel et en dépit d’un brushing toujours impeccable (seule concession à son image), la star ne peine pas à être crédible dans le rôle de ce jeune homme ombrageux et très proche de sa maman. Quelques articulations de scénario un peu faciles n’empêchent pas Les rôdeurs de la plaine de s’avérer un très bon western, rappelant fortement lors de ses premières séquences La Prisonnière du désert sans avoir à rougir de la comparaison.

Bagarres au King Creole (Michael Curtiz, 1958)

A la Nouvelle-Orléans, un jeune et brillant chanteur est harcelé par le caïd qui tient la quasi-totalité des cabarets de la ville.

Parce que Michael Curtiz, aidé par le grand Russell Harlan qui lui a concocté un noir&blanc aussi chiadé que du temps de la Warner, a su mêler pittoresque sudiste, réalisme social et archétypes du film noir avec son élégance et sa vivacité coutumières, parce que la dureté du marché du travail américain y est évoquée avec une précision surprenante, parce que, juste avant son fatal départ pour l’armée, Elvis y livre des interprétations chaudes, sensuelles et poisseuses de plusieurs chansons devenues des standards, parce que, autour de la star, la part belle est faite à d’excellents seconds rôles en tête desquelles figure Carolyn Jones qui incarne avec une stupéfiante justesse la nostalgie amère de la fille revenue de tout, Bagarres au King Creole s’avère un très bon film.

L’amour en quatrième vitesse (Viva Las Vegas, George Sidney, 1964)

A Las Vegas, deux coureurs automobiles tombent amoureux d’une maître-nageuse…

George Sidney ne se donne pas la peine de faire croire aux niaiseries qu’on lui a demandé de raconter (le scénario est particulièrement nul)  mais cadre bien les scènes de danse et concocte de jolies couleurs. Evidemment, il y a de bonnes chansons (excellente interprétation de What I’d say) mais Elvis ne se révèle pas un grand acteur.

Le roman d’Elvis (John Carpenter, 1978)

En 1968 dans une chambre d’hôtel de Las Vegas, sur le point d’effectuer son come-back, le King se souvient…

Ce téléfilm remplit son cahiers des charges de « biographie de star » avec succès. Chaque étape de la légende avant 1968 est présente, le milieu social et géographique dans lequel est né Elvis est bien restitué, la bande originale est impeccable (une séparation avec Separate ways en fond sonore est évidemment émouvante) et, surtout, le mimétisme de Kurt Russell est épatant. Pour que fonctionne un passage obligé comme la scène dans le club allemand, où la prestation du King enflamme une foule qui ne s’attendait pas à le voir, il est absolument nécessaire que le comédien se montre à la hauteur de la star qu’il interprète. C’est bien le cas et la scène est donc ébouriffante. Enfin, il y a un plus qui singularise Elvis vu par John Carpenter. C’est l’accent mis sur la relation fusionnelle entre Elvis et sa mère qui donne au film une tonalité tour à tour tendre et inquiétante -l’aspect malsain de cette relation n’étant pas éludé.