Crépuscule de gloire (The last command, Josef Von Sternberg, 1928)

Un général russe déchu par la Révolution devient figurant à Hollywood…

Les grandioses images du train plongeant dans le lac glacé sous le regard de Emil Jannings matérialisent somptueusement le drame puissant qui se jouait derrière la reconstitution hollywoodienne de la Révolution russe. La dernière partie qui montre la vérité des émotions au service de et à travers l’artifice est stupéfiante d’intelligence du septième art. Après avoir dérangé par sa lourdeur, le jeu très expressif de Emil Jannings se révèle idéal pour incarner tous les aspects -sociaux, moraux, physiques- de la pathétique déchéance d’un homme qui est au fond le sujet de ce grand film.

Variétés (Ewald André Dupont, 1925)

Un trapéziste vedette monte un trio avec un couple d’acrobates…

Variétés est un classique du muet qui, deux ans avant L’aurore, synthétise dix ans d’art cinématographique d’une façon éblouissante. Après Caligari, Nosferatu et Mabuse, il ne s’agit plus pour les réalisateurs allemands de créer un climat expressionniste mais de mettre complètement la caméra au service du drame. Le travail de Karl Freund est encore plus impressionnant que sur Le dernier des hommes. Les prises de vue subjectives depuis les trapèzes sont remarquables et furent d’ailleurs remarquées en leur temps. Cette virtuosité totale n’apparaît jamais gratuite. Elle est la manifestation d’un talent souple et varié qui permet à E-A Dupont de réussir toutes les scènes d’un récit canonique. Lorsqu’il le faut, le cinéaste sait préférer la suggestion au déchaînement spectaculaire: ainsi du meurtre se déroulant hors-champ. Il peut aussi s’appuyer sur un trio d’acteurs excellents (quoique Emil Jannings en fasse un peu trop avec son regard). Bref: aboutissement et perfection sont les deux mamelles de ce Variétés.

Les yeux de la momie (Ernst Lubitsch, 1918)

Un touriste allemand ramène chez lui une jeune femme qui était retenu prisonnière dans une pyramide.

Ce premier film à gros budget réalisé par Lubitsch avec Pola Negri n’est, en dépit de sa courte durée, pas des plus passionnants. C’est un mélo d’aventures exotiques sans beaucoup de fantaisie. A part la fin, le déroulement est prévisible. En leur temps, les scènes de danse orientale firent fureur.

Madame du Barry (Ernst Lubitsch, 1919)

L’ascension sociale d’une courtisane.

Premier grand film en costumes réalisé par Lubitsch, Madame du Barry permet au cinéaste de regarder l’histoire par le petit bout de la lorgnette en faisant le portrait amoral d’une courtisane. Si la première partie est assez drôle et typique du cinéaste, la suite est plus ennuyante car elle se fait plus sérieuse, eu égard peut-être au tragique destin de la dame.

Madame du Barry fut le premier film allemand à sortir aux Etats-Unis et cela occasionna en France un tollé. Plus de détails sur cette page méconnue et passionnante de l’histoire du cinéma ici.

La femme du Pharaon (Ernst Lubitsch, 1922)

Un Pharaon et son architecte sont amoureux de la même femme, une servante grecque échappée de Numidie.

Avant-dernier film que Lubitsch tourna en Allemagne avant son départ pour Hollywood, La femme du Pharaon est une imposante superproduction où le réalisateur berlinois se montre aussi à l’aise qu’un Cecil B. DeMille lorsqu’il s’agit de gérer des milliers de figurants. Les décors égyptiens sont magnifiques et bien mis en valeur par les cadrages géométriquement composés. Les personnages sont intéressants car il n’y a pas vraiment de gentil ni de méchant, simplement trois individus pris dans un noeud tragique. Leur intrigue rappelle celle du Tombeau hindou de Fritz Lang. La mise en scène est bien plus sophistiquée que celle des films historiques précédents de Lubitsch, qui étaient d’ennuyeux pensums. Le film est dans l’ensemble d’une remarquable beauté plastique. La femme du Pharaon est simplement plombé par le jeu terriblement outrancier des acteurs ainsi que par un dernier acte façon « retour de la vengeance » quelque peu superflu.

Les Filles de Kohlhiesel (Ernst Lubitsch, 1920)

Dans un village de Bavière, un homme amoureux d’une jeune fille se heurte au refus du père qui veut d’abord marier son aînée, une irascible vieille fille.

Les Filles de Kohlhiesel est une farce bavaroise à la mise en scène évidemment plus grossière que celle des films que le réalisateur tournera par la suite. Cependant, la morale est déja parfaitement lubitschienne: c’est l’entente sexuelle qui fait le couple. On regrettera qu’il soit difficile de distinguer la jolie fille de la vieille fille, les deux soeurs étant jouées par la même actrice: une grosse Allemande. Le film est simple, concis, le comique repose sur l’absurdité des actions entreprises par le personnage principal pour conquérir sa dulcinée. Bref, le film est modeste mais réussi (même si la résolution de l’intrigue est quelque peu facile).