Pour une nuit d’amour (Edmond T.Gréville, 1947)

A la fin du XIXème siècle, une jeune marquise sur le point d’être mariée à un riche prétendant demande à un niais amoureux d’elle de l’aider à cacher un cadavre.

La transformation de la sombre nouvelle sado-maso de Zola en une « satire sociale » convenue et inoffensive amuse au début grâce à Alerme et à quelques bons mots mais finit par ennuyer franchement à force de dilution de l’action dramatique (prolongations grotesques du dénouement…). Le peu de perversité gardé par les adaptateurs est complètement gommé par l’interprétation de Odette Joyeux, tout à fait inadaptée au rôle de Thérèse. Toutefois, le filmage de Gréville est d’une plaisante vivacité.

 

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Au bonheur des dames (Julien Duvivier, 1930)

Dans un des premiers grands magasins parisiens, l’ascension d’une vendeuse dont le patron est amoureux…

Adaptation très superficielle du roman de Zola. La complexe critique sociale a été évacuée par les scénaristes qui ont transposé l’action dans les années folles. Le terne Pierre de Guingand ne convainc guère en Octave Mouret. Cependant, Au bonheur des dames version Duvivier éblouit par sa technique grisante où 35 ans d’art muet sont brillamment condensés. Par exemple, au début, l’effervescence urbaine est restituée aussi intensément que dans L’aurore.

Pot-bouille (Julien Duvivier, 1957)

A Paris sous le second empire, l’arrivée d’un provincial beau et ambitieux dans un immeuble bourgeois provoque des remous.

Tout ce qui faisait le sel du roman de Zola: la réjouissante férocité de la critique sociale, les caractères outrés, les notations pathétiques, a été purement et simplement escamoté par un scénario aseptisé et une mise en scène terne. Il est vrai qu’adapter un roman aussi foisonnant que Pot-bouille au cinéma nécessitait une simplification de l’intrigue. Mais à ce moment là, il aurait fallu aller jusqu’au bout du parti-pris d’adaptation qui a visiblement été celui de réduire l’oeuvre à un vaudeville avec une importance nouvelle donnée au personnage de Madame Hédouin. Ce personnage joué par Danielle Darrieux est sans doute le plus intéressant du film. La beauté bourgeoise de Danielle Darrieux qui venait tout juste d’avoir quarante ans nous consolerait presque de la quasi-disparition de Marie Pichon pourtant incarnée par une jolie Anouk Aimée, pleine de douceur et de mélancolie. En l’état, la demi-mesure de Jeanson, Joannon et Duvivier fait que nombre de scènes accessoires à l’intrigue qui tiraient leur intérêt dans le livre de la verve corrosive du romancier sont inutiles dans le film. Bref, Pot-bouille est emblématique de tout ce qu’un Truffaut critiquait à juste titre dans les adaptations des classiques littéraires du cinéma français des années 50.

L’argent (Marcel L’Herbier, 1928)

Un banquier avide au bord de la faillite s’associe avec un jeune aviateur qui a découvert des terrains pétrolifères en Guyane.

Cette transposition contemporaine d’un roman d’Emile Zola est une fable un peu lourde quant au pouvoir corrupteur de l’argent mais on ne peut qu’être admiratif devant la puissance visionnaire d’un film qui met en scène les effets destructeurs des spéculations boursières un an avant le krach de 29. Parmi les cinéastes français, je ne vois guère que le Godard de La chinoise à s’être montré plus précisément prophétique. Ceci dit, il faut rappeler que Zola avait écrit L’argent inspiré par divers scandales financiers de son temps. L’histoire se répète comme on dit.

Le film est l’un des plus ambitieux de Marcel L’Herbier, réalisateur qui s’était fait remarqué au sein de l’Avant-garde française, et qui utilise ici nombre de techniques expérimentées dans ses films précédents. Gance mis à part, c’est peu dire que les cinéastes de l’Avant-garde française, recyclant d’un film à l’autre un bric-à-brac épate-bourgeois fait de surimpressions, d’art-déco et de montage rapide, n’ont pas produit grand-chose de passionnant. Faute de contenu dramatique et de vision du monde, les travaux de Germaine Dulac, Jean Epstein ou des Russes blancs exilés à Montreuil ne sont souvent que des œuvres prétentieuses et desséchées à la sophistication vaine parce qu’inexpressive. Heureusement, cette règle souffre quelques exceptions, réalisées surtout à la fin du muet lorsque les pionniers de l’Avant-garde sont sortis de leur vanité parnassienne et ont eu la lumineuse idée de raconter des histoires, fussent elles aussi simplissimes que celle de La chute de la maison Usher, le chef d’oeuvre d’Epstein.

Ainsi dans L’argent, la virtuosité de L’Herbier au service d’une trame romanesque a le mérite d’être particulièrement expressive. Les amples mouvements de caméra, la mise en scène précise et le montage qui joue savamment sur la durée des plans retranscrivent remarquablement l’exultation ou la fièvre collective. L’argent contient plusieurs superbes morceaux de bravoure: le départ de l’aviateur du Bourget, les scènes de panique à la bourse…D’une manière générale, le style sophistiqué du cinéaste est pertinent. Par exemple, la façon dont sont filmées les femmes -que ce soit le corps lascif de Brigitte Helm ou le visage innocent de la future doyenne du cinéma français Marie Glory- tranche avec le manque criant de vitalité de la nullité esthétisante qu’était L’inhumaine réalisé par le même quatre ans auparavant.

L’argent n’est cependant pas un chef d’oeuvre. L’Herbier n’est pas un narrateur de la trempe d’Abel Gance et son film, trop long, manque de concision aussi bien que de surprises romanesques. Il n’en reste pas moins que sa mise en scène inspirée et son indéniable sens de l’image sauvent largement le film.