L’ordre et la sécurité du monde (Claude d’Anna, 1978)

Dans un train, une jeune femme échange par mégarde son passeport avec celui d’un journaliste enquêtant sur un coup d’état fomenté par la France et les Etats-Unis dans un pays africain.

Il y a Bruno Cremer, des plans urbains et industriels admirablement composés, la mélancolie habituelle des films d’espionnage « sérieux » et une séquence d’action digne d’un bon film américain mais il n’y a aucun sens du rythme narratif. Dommage.

Maldonne pour un espion (A dandy in aspic, Anthony Mann et Laurence Harvey, 1968)

Un agent du KGB infiltré au MI5 est missionné par ce dernier pour éliminer un agent russe identifié avec son nom.

Le grand Anthony Mann mourut au cours du tournage qui fut achevé par son acteur principal, Laurence Harvey. Cela dit, je ne sais dans quelle mesure ce drame serait responsable du caractère embrouillé et filandreux de la narration comme du kitsch de la réalisation, pleine de zooms intempestifs. L’histoire d’amour avec la jeune photographe jouée par Mia Farrow, pour convenue qu’elle soit, est ce que Maldonne pour un espion contient de plus réussi.

 

The human factor (Otto Preminger, 1979)

Un bureaucrate du MI6 marié à une noire sud-africaine est soupçonné d’envoyer des renseignements à Moscou.

L’aspect visuel ingrat (très anglais) ne doit pas abuser le spectateur: après plusieurs semi-navets, le dernier film d’Otto Preminger fut digne de son auteur. Adaptant un roman de Graham Greene, le grand cinéaste viennois a retrouvé l’intelligence, l’élégance et la hauteur de vue emblématiques de ses chefs d’oeuvre. Ces qualités lui permettent ici de clarifier l’inextricable entrelacs de causes et de conséquences d’une affaire d’espionnage et de sèchement dramatiser la dialectique entre affaires d’état et affaires intimes. Retrouvant, conformément à la promesse de son titre, l’humanité au sein des rouages les plus cyniquement bureaucratiques des services secrets, The human factor montre combien l’idéologie peut ne pas importer dans le fait de servir un camp plutôt qu’un autre.

Gibraltar (Fedor Ozep, 1938)

A Gibraltar, un officier anglais criblé de dettes est séduit par une espionne…

Pas loin d’être nul. La convention du scénario et le cosmopolitisme factice du projet ne sont même pas compensés par une quelconque allégresse du style. Ce à quoi on aurait pu légitimement s’attendre de la part du metteur en scène raffiné de La dame de pique et des Frères Karamazov.

Protéa (Victorin Jasset, 1913)

Un ministre engage une espionne pour dérober le traité d’alliance entre deux pays ennemis…

Non seulement le cinéma de Victorin Jasset préfigure les serials de Louis Feuillade mais il a également atteint un niveau d’achèvement supérieur aux Vampires et ce, dès avant la Première guerre mondiale. Protéa, son dernier film avant son décès prématuré en 1913, frappe en effet par sa netteté dans la conduite de l’action et la perfection de son rythme.

Il n’y a aucune prétention psychologique ou politique dans le récit -quoique l’intrigue, mince comme du papier à cigarette, soit évidemment inspirée du contexte européen de l’époque- mais celui-ci est nourri par un perpétuel jaillissement d’inventions concrètes. Infiltrations, cambriolages et courses-poursuites s’enchaînent avec une vivacité et un sens du mouvement jamais pris en défaut. L’exploitation du décor et des accessoires à des fins narratives dénote une remarquable intelligence de la mise en scène. La deuxième moitié du film (ce qui reste du métrage aujourd’hui dure moins d’une heure) relève de l’action continue, à faire pâlir d’envie les auteurs de Mission: impossible.

De plus, ce premier film d’espionnage de l’histoire du cinéma est mené avec une fantaisie, une légèreté et un soupçon d’ironie -toutes qualités cruellement absentes des très sérieux Vampires– qui en font une sorte de lointain parent du Danger Diabolik! de Bava. Josette Andriot, égérie du cinéaste, et Lucien Bataille forment un couple d’espions aussi sympathiques qu’amoraux.

Avec sa grammaire encore rudimentaire (mouvements de caméra infimes, pas de gros plans), Protéa est, déjà, une sorte de chef d’oeuvre tant est éclatante l’adéquation entre l’ambition de Jasset et les moyens employés pour réaliser cette ambition: un constant divertissement qui puise ses sources dans le roman-feuilleton et où le cinéma se révèle l’art idéal pour retranscrire la jubilation de l’action.

La chatte (Henri Decoin, 1958)

Sous l’Occupation, une résistante est retournée par un agent de l’AbWehr amoureux d’elle…

Très inégal. Deux scènes d’action sèches et percutantes encadrent un film médiocre: les conventions dramatiques préférées à la vérité documentaire sur les réseaux de résistance ainsi que l’absence de finesse dans la mise en scène nuisent gravement à la crédibilité des situations représentées. Certaines scènes, tel l’empoisonnement avorté, sont carrément risibles au lieu d’être palpitantes. Françoise Arnoul est mignonne.

Salonique, nid d’espions/Mademoiselle Docteur (G.W Pabst, 1937)

En 1918 en Grèce, pour sauver sa peau, un espion allemand commence à jouer double jeu.

Scénario débile + mise en scène nulle + distribution ahurissante (Jouvet en espion allemand déguisé en maraîcher grec!) = superproduction inepte.