The human factor (Otto Preminger, 1979)

Un bureaucrate du MI6 marié à une noire sud-africaine est soupçonné d’envoyer des renseignements à Moscou.

L’aspect visuel ingrat (très anglais) ne doit pas abuser le spectateur: après plusieurs semi-navets, le dernier film d’Otto Preminger fut digne de son auteur. Adaptant un roman de Graham Greene, le grand cinéaste viennois a retrouvé l’intelligence, l’élégance et la hauteur de vue emblématiques de ses chefs d’oeuvre. Ces qualités lui permettent ici de clarifier l’inextricable entrelacs de causes et de conséquences d’une affaire d’espionnage et de sèchement dramatiser la dialectique entre affaires d’état et affaires intimes. Retrouvant, conformément à la promesse de son titre, l’humanité au sein des rouages les plus cyniquement bureaucratiques des services secrets, The human factor montre combien l’idéologie peut ne pas importer dans le fait de servir un camp plutôt qu’un autre.

Gibraltar (Fedor Ozep, 1938)

A Gibraltar, un officier anglais criblé de dettes est séduit par une espionne…

Pas loin d’être nul. La convention du scénario et le cosmopolitisme factice du projet ne sont même pas compensés par une quelconque allégresse du style. Ce à quoi on aurait pu légitimement s’attendre de la part du metteur en scène raffiné de La dame de pique et des Frères Karamazov.

Protéa (Victorin Jasset, 1913)

Un ministre engage une espionne pour dérober le traité d’alliance entre deux pays ennemis…

Non seulement le cinéma de Victorin Jasset préfigure les serials de Louis Feuillade mais il a également atteint un niveau d’achèvement supérieur aux Vampires et ce, dès avant la Première guerre mondiale. Protéa, son dernier film avant son décès prématuré en 1913, frappe en effet par sa netteté dans la conduite de l’action et la perfection de son rythme.

Il n’y a aucune prétention psychologique ou politique dans le récit -quoique l’intrigue, mince comme du papier à cigarette, soit évidemment inspirée du contexte européen de l’époque- mais celui-ci est nourri par un perpétuel jaillissement d’inventions concrètes. Infiltrations, cambriolages et courses-poursuites s’enchaînent avec une vivacité et un sens du mouvement jamais pris en défaut. L’exploitation du décor et des accessoires à des fins narratives dénote une remarquable intelligence de la mise en scène. La deuxième moitié du film (ce qui reste du métrage aujourd’hui dure moins d’une heure) relève de l’action continue, à faire pâlir d’envie les auteurs de Mission: impossible.

De plus, ce premier film d’espionnage de l’histoire du cinéma est mené avec une fantaisie, une légèreté et un soupçon d’ironie -toutes qualités cruellement absentes des très sérieux Vampires– qui en font une sorte de lointain parent du Danger Diabolik! de Bava. Josette Andriot, égérie du cinéaste, et Lucien Bataille forment un couple d’espions aussi sympathiques qu’amoraux.

Avec sa grammaire encore rudimentaire (mouvements de caméra infimes, pas de gros plans), Protéa est, déjà, une sorte de chef d’oeuvre tant est éclatante l’adéquation entre l’ambition de Jasset et les moyens employés pour réaliser cette ambition: un constant divertissement qui puise ses sources dans le roman-feuilleton et où le cinéma se révèle l’art idéal pour retranscrire la jubilation de l’action.

La chatte (Henri Decoin, 1958)

Sous l’Occupation, une résistante est retournée par un agent de l’AbWehr amoureux d’elle…

Très inégal. Deux scènes d’action sèches et percutantes encadrent un film médiocre: les conventions dramatiques préférées à la vérité documentaire sur les réseaux de résistance ainsi que l’absence de finesse dans la mise en scène nuisent gravement à la crédibilité des situations représentées. Certaines scènes, tel l’empoisonnement avorté, sont carrément risibles au lieu d’être palpitantes. Françoise Arnoul est mignonne.

Salonique, nid d’espions/Mademoiselle Docteur (G.W Pabst, 1937)

En 1918 en Grèce, pour sauver sa peau, un espion allemand commence à jouer double jeu.

Scénario débile + mise en scène nulle + distribution ahurissante (Jouvet en espion allemand déguisé en maraîcher grec!) = superproduction inepte.

I was a communist for the FBI (Gordon Douglas, 1951)

En pleine guerre froide, un agent du F.B.I infiltre le parti communiste implanté chez les ouvriers de Pittsburgh.

Si la propagande oblitère finalement la richesse dialectique de l’argument dramatique, cet argument donne lieu à des scènes étonnamment fortes qui insufflent une certaine densité humaine au récit: ainsi lorsque le père est forcé de jouer son rôle de communiste aux yeux de son fils, chagriné et révolté. Frank Lovejoy se révèle d’ailleurs un excellent comédien. De surcroît, la concision du découpage, la qualité de la photo, la précision des mouvements de caméra et la sécheresse des scènes de violence font de I was a communist for the FBI un film vif et plaisant. C’est à vrai dire un des films les plus brillants du talentueux Gordon Douglas.

Les rayons de la mort du docteur Mabuse (Hugo Fregonese, 1964)

Un agent secret anglais est chargé de contrer un diabolique professeur qui a mis au point une arme redoutable.

Comme son résumé le laisse entendre, ce tardif opus de la série initiée par Fritz Lang est très influencé par James Bond qui faisait alors fureur. Des jolies filles en petite tenue, le décor agréablement touristique de l’île de Malte, l’arme surpuissante symbolisant évidemment la bombe atomique…Tout ceci est mis en scène avec ce qu’il faut de distance ironique pour rester amusant malgré l’évidente débilité de l’histoire racontée. Ajoutons au crédit du film qu’il y a des hommes-grenouilles. Les rayons de la mort du docteur Mabuse est donc une plaisante série B.