Marthe Richard espionne au service de la France (Raymond Bernard, 1937)

L’histoire de Marthe Richard qui, assistant à l’exécution de sa famille par les Allemands, met ses charmes au service de l’armée française.
Comme dans tout film d’espionnage au féminin qui se respecte, l’atmosphère capiteuse des alcôves militaires alterne allègrement avec les courses-poursuites en plein air. L’intrigue est rocambolesque, la narration rapide, la galerie de seconds rôles croquignolette et l’image particulièrement soignée, dernier trait qui distingue Raymond Bernard des autres artisans du cinéma français d’alors. Notre grande Edwige Feuillère est superbe et sa palette de jeu plus large que celle d’une Garbo ou d’une Dietrich sert bien son personnage. On regrettera simplement quelques digressions liées à la guerre en elle-même, digressions qui ne sont pas très intéressantes et qui ont le tort de desserrer l’intrigue principale. Au sein d’un divertissement élégamment troussé, certains plans laissent entrevoir la tragédie qu’aurait été le film s’il avait été traité sur un mode plus grave. Ainsi de la fin étonnamment amère qui annonce le devenir de la véritable Marthe Richard: dans un bordel.

Nick Carter, détective (Jacques Tourneur, 1939)

Série B tournée à la MGM par Jacques Tourneur. Avant sa période vénérée par les cinéphiles de la RKO donc. Ici, pas de « poésie de l’invisible », pas de « sous-texte », pas de psychologie, pas de recherche esthétique. Simplement le premier volet d’une trilogie consacré à un héros de bande dessinée. En une heure, l’affaire est pliée. Un film à l’ambition -très- limitée mais à la naïveté que d’aucuns trouveront charmante.

La belle espionne (The sea devils, Raoul Walsh, 1953)

Ce film est avant tout un modèle de concision dramatique, un récit mené tambour battant qui offre au spectateur attentif un sous-texte d’une belle richesse. Il faut préciser ici que le scénario a été ciselé par le grand Borden Chase. A travers des échanges verbaux qui ne manquent pas de sel, ce pur film d’aventures parle du couple (la belle espionne en question est avant tout une menteuse et une cachotière vis-à-vis du héros Gilliatt, elle se comporte donc avec lui comme si elle était sa maîtresse) avec l’élégance caractéristique des meilleurs films hollywoodiens, c’est à dire sans en avoir l’air, en faisant croire que ce qui compte c’est la truculence, l’humour et l’action. Et de fait, c’est bien à travers le récit d’aventures et non malgré lui que s’expriment les sentiments des personnages.

Le film est purement walshien dans la mesure où la dramaturgie est guidée par les états d’âme du héros, par ses pulsions, par son amour qui le fait grandir par rapport à son alter-ego rival qui lui restera toute sa vie un contrebandier ne s’intéressant qu’à l’argent et aux filles faciles. D’ailleurs, les moments les plus faibles du film sont ceux dans lesquels l’espionne effectue sa mission en France, une poignée de séquences purement fonctionnelles durant lesquelles Gilliatt est temporairement évacué de l’intrigue. Pourtant, ce qui empêche La belle espionne de se hisser parmi les plus beaux chefs d’oeuvre de Raoul Walsh, c’est aussi et surtout le manque désespérant de charisme et d’expressivité de Rock Hudson. Si un acteur de la trempe d’Errol Flynn l’avait remplacé, gageons que Gilliatt aurait eu un tout autre panache…Le film n’en reste pas moins un joyau, un témoignage précieux d’une ère où la fusion entre spectacle et vision personnelle du cinéaste était totale.