Before sunset (Richard Linklater, 2004)

Dix ans après, les retrouvailles des deux protagonistes de Before sunrise à l’occasion d’une séance de dédicaces parisienne de Jesse, devenu romancier.

L’expérience passée apporte à ce second volet une profondeur inédite et appréciable. Elle permet aux personnages de confronter leurs souvenirs aux souvenirs de l’autre mais aussi à ce qui aurait pu avoir lieu et à ce qu’ils ont imaginé via leurs créations (roman ou chanson). Il serait facile en s’arrêtant à sa surface de considérer Before sunset comme un énième film de bobo autosatisfait comme le cinéma indépendant américain en regorge. Les « métiers » des protagonistes (l’un est écrivain, l’autre bosse dans une association écolo), les discussions du début sur l’état du monde, Nina Simone…tout ça respire le gros coup de coude complice à un public bouffi de tofu et de café Max Havelaar. Mais tout ça est accessoire et ce serait une erreur que de s’y arrêter.

Ce serait se priver du film d’amour le plus vrai depuis Sur la route de Madison. Vrai non pas du fait que les personnages dissertent beaucoup sur leurs états d’âme et que donc Before sunset s’imposerait comme une sorte de traité définitif sur l’amour et le temps. Non, Richard Linklater est cinéaste avant d’être philosophe et la vérité de son film vient d’abord de la finesse de son écriture qui procure un remarquable sentiment de justesse par rapport à ce qui est vécu par le couple. Elle vient aussi de la beauté de la lumière automnale qui donne une présence essentielle à ce qui entoure les palabres des personnages. Elle vient de l’unité de temps qui empêche ses protagonistes de se transformer en stéréotypes romanesques et est pour beaucoup dans la proximité que le spectateur peut ressentir vis-à-vis d’eux. Elle vient évidemment de l’épatant naturel des deux comédiens qui parviennent à faire passer avec simplicité les quelques dialogues oiseux du scénario. Elle vient du romantisme subtil et anachronique qui travaille l’oeuvre en profondeur. Elle vient d’un charme fugitif et doux comme la nostalgie d’un voyage de jeunesse.

Explorers (Joe Dante, 1985)

Trois gamins un peu en marge de leurs camarades d’école construisent un vaisseau spatial.

J’aurais suradoré Explorers si je l’avais découvert à l’âge de 10 ans. Aujourd’hui, les clichés narratifs, le fétichisme de nerd (ha, cette fascination béate pour les ordinateurs) ou encore la dernière partie auto-complaisante et longuette sont autant de réserves que je porte à l’appréciation du film. Celui-ci n’en reste pas moins une réussite grâce à la foi de Joe Dante et son équipe dans ce qu’ils racontent. Foi qui se manifeste notamment à travers un soin artisanal apporté à tous les aspects de la réalisation de l’oeuvre: photo, musique, mouvements de caméra…Tout cela est d’une parfaite élégance.

Dante insuffle un vrai sens du merveilleux à son film et l’excitation des enfants qui s’envolent est communiquée par une mise en scène jubilatoire qui ne verse jamais dans la surenchère. Le discours de l’oeuvre n’est pas aussi immature qu’on aurait pu l’imaginer au début: le rêve doit avoir une fin et permettre de mieux affronter la réalité. C’est assez convenu mais ce n’est pas puéril. Et puis de toute façon, un film qui cite explicitement Thunder road de Bruce Springsteen est un film hautement recommandable…