La révolte des gladiateurs (Vittorio Cottafavi, 1958)

Au IIème siècle, un jeune tribun romain est envoyé en Arménie pour mater une révolte de gladiateurs…

Ironique et parfois cruelle, la confrontation du freluquet à la réalité des colonies lointaines ne manque pas de sel. La première partie suggère une réalité politique dans toute sa complexité. La suite aurait pu prendre les atours d’une prise de conscience tourmentée mais se fait plus conventionnelle puisque le mal se retrouve personnifié dans un personnage de méchante; ce qui simplifie éhontément les enjeux dramatiques et ravale La révolte des gladiateurs au rang de péplum lambda. Avec le Cinémascope, la mise en scène de Cottafavi se fait plus ample -les cadres sont composés avec élégance et précision- mais aussi moins percutante que dans ses films précédents. Bref, c’est pas mal quoique décevant.

La traite des blanches (Luigi Comencini, 1952)

Dans un village italien pauvre, des jeunes femmes s’engagent dans un marathon de danse pour payer un avocat à leur mari arrêté suite à un cambriolage.

La photographie, très influencée par le film noir américain, est soignée et réussie mais le récit, partant un peu dans tous les sens, manque de concision et de densité. La pertinence du réquisitoire social est également amoindrie par la convention des situations.

Le navire des filles perdues (Raffaello Matarazzo, 1953)

Au XVIIIème siècle, une fille de bonne famille qui a fait accuser sa cousine de l’infanticide qu’elle a commis retrouve celle-ci dans les cales du galion de son voyage de noces.

Il arrive un moment dans ce mélodrame feuilletonesque où l’énormité des coïncidences le décrédibilise. Ce moment, c’est celui où tout le monde se retrouve sur le bateau. Débarrassé de toute préoccupation réaliste, le film prend alors l’allure d’une allégorie chrétienne où Matarazzo fustige violemment un ordre social vicié. A la manière des films de Cecil B. DeMille, Le navire des filles perdues tire sa beauté de l’extrémisme de ses effets dramatiques: la pureté naïve des scènes de prédication n’a d’égale que le délire -jusqu’à la caricature- des scènes sadiques et érotiques. Il est regrettable que la fadeur du GevaColor amoindrisse le potentiel de cette mise en scène ultra-baroque.

Les légions de Cléopâtre (Vittorio Cottafavi, 1959)

Un de ses amis est envoyé en Egypte pour faire entendre raison à Marc-Antoine qui, tombé sous le charme de Cléopâtre, refuse de rentrer à Rome.

Le péplum italien est un des genres les plus idiots qui soient. Passer outre les comédiens souvent médiocres, les conventions éculées qui diluent l’intensité du drame et les reconstitutions de l’Antiquité dignes d’un spectacle de fin d’année de l’école maternelle de Trifouillis-les-oies n’est jamais évident pour moi. Ici par exemple, il faut, avant d’entrer dans le vif du sujet, se farcir les seconds rôles soi-disant comiques, les longues bastons dans les tavernes et plusieurs séquences de gladiateurs n’ayant rien à voir avec l’intrigue.

Pourtant Les légions de Cléopâtre parvient à se distinguer du tout-venant en toge et sandalettes grâce au style de son metteur en scène, grâce à la distance que Vittorio Cotaffavi instaure entre lui et son matériau. Certains critiques ont carrément parlé de distanciation brechtienne. Quoiqu’il en soit, sa hauteur de vue fait que les divers enjeux du drame sont exposés sans parti-pris apparent. Concernant plusieurs scènes ouvertement théâtrales, on peut même parler d’un réel sens du tragique. De plus, le cinéaste fait parfois surgir une émotion inattendue au sein de passages conventionnels. Ainsi de la mort d’un enfant dont la soudaineté n’a d’égale que celle de la scène analogue du sublime Wichita de Jacques Tourneur.

Ajoutons à cela les habituelles qualités épiques de Cottafavi, l’ampleur qu’il parvient à insuffler à des séquences de bataille à budget réduit (comparé à un film hollywoodien) grâce à sa maîtrise du format large, ajoutons aussi que l’Argentine Linda Cristal est exceptionnellement belle et donc parfaitement crédible dans le rôle de Cléopâtre et l’on comprendra que, s’il est loin d’être le chef d’oeuvre vanté par les Mac-Mahoniens, Les légions de Cléopâtre est un bon film, un meilleur film que celui de Mankiewicz avec Elizabeth Taylor.