Bar des rails (Cédric Kahn, 1991)

Un adolescent a une liaison avec sa voisine, de dix ans plus âgée.

La réputation confidentielle mais prestigieuse de ce premier film de Cédric Kahn s’explique certainement pas sa rareté: c’est presque une caricature de « cinéma naturaliste à la Française du début des années 90 » avec abus de plans sous-exposés, banalité constante des situations, décors miteux, apathie des comédiens (qui décrédibilise d’ailleurs l’amour de cette femme pour ce garçon) et dialogues consternants de platitude où une phrase sur deux est inaudible. Sur ce sujet rebattu, une palanquée de films sont largement préférables. Toutefois, la présence de Fabienne Babe évite le décrochage total et absolu du spectateur.

Le mirage (Jean-Claude Guiguet, 1992)

En Suisse, une grande bourgeoise tombe amoureuse d’un jeune professeur d’Anglais qu’elle a embauchée.

A l’exception de un ou deux beaux plans, Jean-Claude Guiguet est incapable de restituer la trajectoire sentimentale de son héroïne autrement qu’en l’explicitant verbalement, par exemple avec une séquence où Louise Marleau monologue. Il est d’autant plus difficile de croire que le jeune homme bouleverse la dame en son automne qu’il est moche et habillé comme un sac, de même que son comparse. Cette absence totale de goût vestimentaire accroît la laideur du film même si, plus que jamais, avec ses références culturelles qui font office de glacis, Guiguet se comporte ici en Visconti du pauvre.

De sueur et de sang/Wonder boy (Paul Vecchiali, 1994)

Un boxeur d’origine camerounaise poussé par son père à continuer son sport tue le souteneur d’une fille en défendant cette dernière.

Paul Vecchiali trempe l’acier du grand mélodrame qu’il chérit dans un bain de réalité contemporaine à base d’immigrés. C’est hardi mais plutôt réussi. L’artifice patent de certaines intrigues, la fausseté des dialogues accentuée par un doublage étrange et les importantes limites de Sam Djob en tant que comédien n’empêchent pas de suivre avec intérêt une complexe histoire d’amour et de filiation qui est portée par quelques idées visuelles pertinentes, un lyrisme assumé (le match de boxe sur fond du Gloria de Haendel, ça fonctionne!) et une Fabienne Babe qui joue la femme amoureuse avec une rare justesse. Wonder boy est un des derniers films intéressants de son auteur.

Que le diable nous emporte (Jean-Claude Briseau, 2018)

Une femme trouve un téléphone sur lequel se trouve des vidéos d’ébats amoureux et noue une amitié érotique avec sa jeune propriétaire.

Comme La fille de nulle part, Que le diable nous emporte est autoproduit. Le budget semble moins petit que dans le précédent car il y a maintenant deux appartements au lieu d’un pour faire office de décor et deux acteurs et trois actrices participent au film. Cette relative multiplicité des personnages permet à Jean-Claude Brisseau de créer des combinaisons plus variées que dans son film précédent. Un certain ludisme de la narration traduit une vision de l’amour et du sexe plus légère et épanouie, presque radieuse. Malheureusement, l’expression reste très théorique et l’impression qui demeure est celle d’un cinéaste ressassant ses obsessions sans beaucoup d’imagination. Un producteur, en plus de fournir de l’argent, eût permis à l’auteur de devoir face face à des « non » stimulants pour sa créativité. Non à ces dialogues littéraux, non à cette écriture ultra-schématique, non à ce mysticisme fatigué (on est loin de la poésie du sublime Céline même si la musique est la même) et, surtout, non à ces séquences onirico-érotiques au kitsch franchement embarrassant; peut-être qu’en 3D, leur lyrisme est plus convaincant mais malheureusement, Que le diable nous emporte n’est nulle part projeté en 3D. Les scènes saphiques sur fond d’écrans de veille Windows ont remplacé le bricolage inventif des séquences de trouille dans La fille de nulle part. Un perdant: le cinéma.