Le fou de guerre (Dino Risi, 1985)

Dans le désert de Libye pendant la guerre, une unité de médecins italiens se retrouve commandée par un fou.

Dans une séquence capitale, le personnage du fou interprété par Coluche se fait examiner par des psychiatres. Après avoir facilement déjoué les pièges tendus par les premiers tests, il révèle sa psychose en parlant à une photo de petit garçon. La folie, dont les effets dévastent ses subordonnés, est alors montrée comme le dérèglement d’affects filiaux et c’est émouvant car assez fin. Malheureusement, le fragile équilibre de la séquence est rompu lorsque sa crise mène le personnage à crier, à s’accrocher à une table et à dire des textes peu crédibles. Ce fragment reflète bien l’ensemble d’une oeuvre qui, en basculant parfois dans l’outrance et le vouloir-dire, gâche sa singulière poésie. C’est d’autant plus dommage que Risi a un vrai génie pour rendre naturel le saugrenu, tel qu’en témoigne le bel enterrement du chacal.

 

Mais…qu’avez vous fait à Solange? (Massimo Dallamano, 1972)

Dans un lycée de jeunes filles, plusieurs élèves sont assassinées…

Du cinéma d’exploitation à la fois racoleur (les scènes de douche collectives entre adolescentes) et moralisateur (l’avortement vu comme le traumatisme ultime). Résolution de l’intrigue éminemment tartignolle, comme il se doit dans ce genre de film. Musique d’Ennio Morricone bonne mais pas très variée.

La poursuite implacable (Revolver, Sergio Sollima, 1973)

De mystérieux bandits enlèvent l’épouse d’un sous-directeur de prison et exigent de celui-ci qu’il libère un détenu.

Ceci n’est que la ligne directrice d’un récit politico-policier compliqué mais raconté avec suffisamment de clarté pour ne pas perdre le spectateur. Le duo formé par Oliver Reed en flic brutal mais fou amoureux de sa femme et par Fabio Testi en jeune truand écervelé fonctionne bien. Les caractères sont assez nuancés pour faire rebondir intelligemment la narration. Ce qui n’empêche pas Revolver de prendre un tour authentiquement tragique lors d’une fin où toute l’amertume de la compromission morale du héros est brillamment évoquée. On notera alors la relative subtilité de l’expression du discours politique qui passe par le drame du personnage et non par un assénement a priori (différence entre Boisset et Sollima?).

Bref, il y avait la matière pour faire de Revolver un grand polar. Malheureusement, le film est plombé par une mise en scène franchement indigente. Un exemple: lors d’une séquence, les deux personnages qui traversent clandestinement la frontière franco-italienne voient un hélicoptère de la gendarmerie française. Eh bien, rien dans le cadrage ni le découpage n’est créé pour instaurer une quelconque tension, un quelconque sentiment de peur ou d’incertitude. Fabio Testi qui dit « attention, la police française! », un bête contrechamp sur l’hélico, les personnages qui se dispersent dans le plan, et hop on passe à la suite. Sollima aurait remplacé ses images par un carton « la police française arrive, nos personnages se dispersent et nos héros s’enfuient » que l’effet aurait été strictement le même. Il n’y a aucune attention du metteur en scène aux lieux divers et variés dans lesquels évoluent ses protagonistes. Comment voulez-vous dans ces conditions être profondément impliqué dans le film? Heureusement, les jeunes Italiennes dénudées et surtout la musique particulièrement inspirée d’Ennio Morricone assurent la patine qui rend ce Revolver assez attachant.