Back street (John M.Stahl, 1932)

L’ayant rencontré dans sa jeunesse, une femme reste la maîtresse d’un homme marié toute sa vie.

En dépit de ses nombreux et parfois glorieux succédanés, ce mélodrame canonique garde quelque chose de sublime peut-être justement parce qu’il se borne à être canonique: dénué de critique sociale aussi bien que d’esthétisme lyrique, il se contente de suivre « l’autre femme », admirablement jouée par Irenne Dunne, dans un amour dont on sait dès le début qu’il est sans issue. Illusions pathétiques et abnégation fataliste sont concrètement restituées par une mise en scène des plus épurées (usage très précis des possibilités du studio).

Un amour pas comme les autres (Young at heart , Gordon Douglas, 1954)


Ça commence comme une charmante chronique familiale façon Le chant du Missouri avec maison de banlieue en carton-pâte, jeunes filles qui rêvent du prince charmant sur leur piano, et ça s’achemine petit à petit vers le mélodrame le plus pur. Au fur et à mesure d’une progression dramatique exemplaire, le vernis se craquelle, les sentiments se révèlent. Frank Sinatra dans un rôle d’artiste déchiré qui annonce celui qu’il tiendra dans nombre de ses chefs d’oeuvre, que ce soit sur disque (No one cares, 1959) ou sur pellicule (Comme un torrent, même année), est celui qui, promenant son vide existentiel dans cette charmante famille, va jouer le rôle du détonateur. L’argument de base est donc classique, convenu même, mais son développement est si implacable qu’il entraîne le film vers d’insondables abysses de mélancolie. Rarement sensation de désespoir aura été aussi prégnante dans le cinéma hollywoodien. Il faut voir la séquence de la fuite éperdue du personnage de Sinatra en voiture, fuite qui renvoie directement à celle de Lana Turner dans Les ensorcelés.
Cette vérité des sentiments, on la doit au talent d’une équipe remarquable: Sinatra évidemment qui trouve un rôle à sa mesure, la multitude de compositeurs à l’origine des superbes chansons qu’il interprète, les autres comédiens tous excellents, la direction artistique irréprochable, mais aussi et surtout Gordon Douglas, dont la mise en scène est d’une permanente pertinence, discrète mais riche de sens, ainsi de la composition des plans qui confère toute leur cruauté à certaines séquences de fête familiale.
Bref, Young at heart est bel et bien un chef d’oeuvre, chef d’oeuvre dont l’absence de notoriété nous rappelle pour notre plus grande joie que cet immense territoire qu’est l’âge d’or hollywoodien n’a pas encore révélé tous ses trésors.