Deburau (Sacha Guitry, 1951)

Deburau, c’est d’abord une certaine radicalité esthétique due au mépris de Sacha Guitry pour les oripeaux prétendument cinématographiques (ajout d’extérieurs, mouvements de caméra sans objet…) censés enjoliver son excellente pièce de théâtre. Tourné en une dizaine de jours comme la plupart de ses adaptations, le film est pour ainsi dire la pièce. Quand le montage intervient, c’est par le biais de procédés éculés qui retrouvent leur pertinence essentielle. Ainsi du champ-contrechamp d’une lumineuse simplicité entre Deburau et les autres comédiens lors du premier acte. D’où une certaine épure, une absence de superflu appréciable. Même si Debureau est un mime, le verbe est au centre de la pièce. Les dialogues sont en vers et, dans la bouche de Guitry et de sa troupe, ils sonnent divinement. D’une fluidité et d’une musicalité tels que l’on n’oublie la prouesse de l’auteur.
Comme Le comédien réalisé trois ans ans auparavant, Deburau est une méditation sur deux grands marottes de Guitry: l’art dramatique et la paternité. Sur un mode mélancolique voire amer puisque qu’il s’agit de raconter la fin du grand mime. Ouvertement théorique dans son abondance d’aphorismes et de généralités, le film sait émouvoir grâce à ses acteurs de génie. A ce titre, il faut voir au début de l’acte III la terrifiante tirade de Deburau sur son nom, un des moments les plus profondément émouvants de la carrière d’acteur du grand Sacha. Guitry (l’auteur, l’acteur, le réalisateur) atteint alors une vérité humaine, l’humain mû par la vanité en même temps que par l’amour, que seuls les plus sages d’entre les cinéastes (Ford, Pagnol, McCarey…) ont effleuré.