Fortunes rapides (Quick millions, Rowland Brown, 1931)

Après une altercation avec un policier, un routier monte un gang de racketteurs.

La trame est vue et revue, la narration est rapide jusqu’à l’aridité (caractéristique typique de l’époque et du genre) tandis que la sympathie de Spencer Tracy accentue l’ambiguïté morale. Bref, c’est pas mal mais un peu surestimé.

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L’Ennemi public (Baby face Nelson, Don Siegel, 1957)

Le sanglant itinéraire de Baby Face Nelson.

La trame canonique est sertie dans une mise en scène à l’impeccable sécheresse: parfaite concision du découpage, gestes stylisés des comédiens, contrastes tranchants du noir et blanc, éclatante dureté de la violence. Certes, ces qualités relèvent plus de la perfection d’une usine à polars (la Columbia des années 50) que de l’originalité d’un auteur mais Mickey Rooney, excellent, et Carolyn Jones, bizarrement sexy, insufflent ce qu’il faut d’humanité déréglée au film pour que celui-ci ne se réduise pas une mécanique. Evidemment, le lien entre la violence du psychopathe et son complexe d’infériorité virile reste suggéré, latent, à l’opposé de la lourdeur explicite du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn.

 

Les nuits de Chicago (Underworld, Josef Von Sternberg, 1927)

A Chicago, un caïd se prend d’amitié pour un avocat ruiné par l’alcool…

Classique fondateur du film de gangsters, Les nuits de Chicago regorge d’idées reprises ultérieurement. Ainsi de détails comme le billet jeté dans le crachoir pour tenter l’épave alcoolique dont se souviendra longtemps Hawks, grand fan de Sternberg, ou l’enseigne lumineuse « The city is yours » transformée par De Palma en ballon dirigeable dans son Scarface. Pourtant, découvrir aujourd’hui Les nuits de Chicago après tous ses successeurs permet de se rendre compte que son versant policier, cantonné à quelques excellentes scènes d’action au début et à la fin, n’est pas le plus intéressant. La rivalité entre les deux gangsters n’est guère développée, l’évasion manque de crédibilité et les quelques phrases politiques sur le nihilisme urbain ne sont que saupoudrage. Ce qui intéresse visiblement Sternberg, c’est le triangle formé par le caïd, sa maîtresse et l’avocat ruiné mais honnête dont le caïd s’est entiché. On décèle dans l’ambiguïté des rapports qui s’établissent entre eux la personnalité du futur auteur de Blonde Venus. C’est lorsque ces deux aspects -policier et passionnel, film de genre et film d’auteur- fusionnent enfin dans un climax grandiose et tragique que Les nuits de Chicago révèle toute sa puissance dramatique.

Regeneration (Raoul Walsh, 1915)

A New-York, un gangster se repend par amour…

Le récit schématique et moralisateur est d’autant moins convaincant que l’on ne voit jamais le gangster en question commettre de crime. Toutefois, ce récit est étayé par le réalisme brutal, mouvementé et parfois inventif (la fuite finale du méchant) de la mise en scène. A ce titre, ce premier long-métrage de Raoul Walsh est remarquable et annonce l’oeuvre à venir (The Bowery notamment).

Jimmy le mystérieux (Alias Jimmy Valentine, Maurice Tourneur, 1915)

Après avoir sauvé la fille d’un banquier d’une agression, un perceur de coffres tente une rédemption…

Le sens de la composition picturale, la sobriété de la direction d’acteurs, la précision du rythme des images qui fait naître le suspense, les vues en plongée qui clarifient l’action ou, au contraire, la multiplicité des angles de caméra qui induit une multiplicité des points de vue sur celle-ci et enrichit le drame sont autant de qualités montrant le génie cinématographique de Maurice Tourneur et plaçant ce film de gangsters primitif au premier rang des productions américaines de l’époque.

L’assomeur (Thunderbolt, Josef Von Sternberg, 1929)

Triangle amoureux entre un caïd, un brave garçon et une fille de mauvaise vie.

Il s’agit du premier film parlant de Josef Von Sternberg. Son sens de l’atmosphère visuelle, présent surtout au début du film lors des scènes de bouges, ainsi que la dureté et l’humour noir de Jules Furthman, son scénariste de prédilection, transcendent une intrigue mélodramatique. Dommage que la construction narrative s’avère laborieuse avec une  seconde partie en prison bien longue.

Pas d’orchidée pour Miss Blandish (The Grissom Gang, Robert Aldrich, 1971)

Durant la Grande dépression, le kidnapping d’une riche héritière par une bande de péquenauds tourne mal.

Pas d’orchidée pour Miss Blandish est un film de gangsters atypique adapté d’un roman noir de James Hardley Chase. C’est une oeuvre aussi belle que son titre français. La vision de l’Amérique de la Grande dépression est particulièrement corrosive, n’épargnant ni le cynisme des riches ni l’immoralité de certains pauvres. Robert Aldrich ne donne jamais l’impression d’excuser le comportement de la famille de malfrats. Seuls comptent les individus, leurs pulsions, leurs actions et surtout leurs névroses. Ce sont ces névroses qui motivent l’outrance d’un style particulièrement violent.

Le récit parfaitement ficelé recèle son lot de retournements de situation qui maintiennent l’attention du spectateur sans jamais apparaître gratuits puisque la psychologie des personnages à l’origine de ces rebondissements est d’une perpétuelle justesse. Aussi caricatural que soit le trait. C’est peut-être dans cet intime paradoxe, que réside le secret de la réussite du film. Sans concession au moralisme facile, les auteurs se permettent d’ailleurs de raconter une belle histoire d’amour dans la dernière partie du film. Cette nécessaire digression d’essence borzagienne achève de faire de Pas d’orchidée pour Miss Blandish un des plus beaux polars des années 70.