Menaces dans la nuit (He ran all the way, John Berry, 1951)

Après avoir commis un braquage qui a mal tourné, un jeune homme rencontre une jeune fille et prend en otage sa famille.

Même si il a été écrit et réalisé par des membres de la fameuse liste noire, Menaces dans la nuit n’est pas très communiste dans l’esprit. Ce n’est pas une attaque en règle contre la société américaine comme peut l’être Le rôdeur sorti la même année et scénarisé par la même paire Butler-Trumbo. C’est un pur film noir, dans lequel l’origine du mal n’est pas essentiellement sociale. Le méchant, excellemment interprété par John Garfield, a des troubles psychologiques sans pour autant être un psychopathe. La beauté du film réside dans cet entre-deux qui caractérise l’anti-héros, son mélange de candeur sentimentale et de dangereuse paranoïa. Voir le déroulement impeccable de la magnifique scène du « dîner imposé ». Cette singularité du personnage fait passer l’illogisme parfois manifeste de sa conduite au second plan. La mise en scène n’appuie pas mais évoque avec précision. L’efficacité du découpage, où il n’y a pas un plan en trop, est digne de Anthony Mann. Bref, Menaces dans la nuit n’a pas volé sa réputation de pépite du film noir.

711 Ocean Drive (Joseph M.Newman, 1950)

En Californie, un technicien des P.T.T est engagé par une organisation de bookmakers et en devient le chef.

Une réussite du film noir. Lorsqu’il filme l’hubris de son héros, Joseph M.Newman n’a certes pas la profondeur politique d’un Losey ni la puissance tragique d’un Walsh mais il met en scène le scénario qui lui est confié avec goût et concision. L’ancrage technique et documentaire du drame ainsi que la présence de Joanne Dru sont des atouts de taille.

La maison rouge (Delmer Daves, 1947)

Une jeune fille fait embaucher son camarade de classe par son père adoptif qui possède une ferme reculée…

Les paysages naturels et les jeunes gens qui y évoluent sont magnifiquement filmés par Delmer Daves. Dans les séquences mettant en scène les adolescents, on retrouve déjà la sensibilité, plastique et humaniste, propre aux chefs d’oeuvre tardifs de l’auteur que sont Spencer’s mountainSusan Slade ou Summer place. Qui plus est, les scènes en intérieur sont superbement éclairées. Allene Roberts, dont la sensualité éclot au fur et à mesure du film, se révèle excellente. Il est donc dommage que le symbolisme psychanalytique se fasse de plus en plus encombrant à mesure que le récit avance. En raison de ces carences d’écriture, La maison rouge est clairement un film mineur.

Bagarres au King Creole (Michael Curtiz, 1958)

A la Nouvelle-Orléans, un jeune et brillant chanteur est harcelé par le caïd qui tient la quasi-totalité des cabarets de la ville.

Parce que Michael Curtiz, aidé par le grand Russell Harlan qui lui a concocté un noir&blanc aussi chiadé que du temps de la Warner, a su mêler pittoresque sudiste, réalisme social et archétypes du film noir avec son élégance et sa vivacité coutumières, parce que la dureté du marché du travail américain y est évoquée avec une précision surprenante, parce que, juste avant son fatal départ pour l’armée, Elvis y livre des interprétations chaudes, sensuelles et poisseuses de plusieurs chansons devenues des standards, parce que, autour de la star, la part belle est faite à d’excellents seconds rôles en tête desquelles figure Carolyn Jones qui incarne avec une stupéfiante justesse la nostalgie amère de la fille revenue de tout, Bagarres au King Creole s’avère un très bon film.

L’antre de la folie (Behind locked doors, Budd Boetticher, 1948)

Un détective privé se fait passer pour fou pour intégrer un asile où un caïd en fuite se serait réfugié…

Le travail sur les contrastes de l’image ne suffit pas à relever l’intérêt de cette petite série B tant le scénario est inepte, le rythme mou du genou et l’interprète du héros (Richard Carlson) fadasse.

My name is Julia Ross (Joseph H.Lewis, 1945)

Une jeune gouvernante est emmenée dans un manoir isolé par la famille qui l’a recrutée.

Le début promet une chouette série B mystérieuse, sorte de contrechamp à La septième victime, mais la débilité croissante de l’intrigue et de la mise en scène rapproche finalement plus My name is Julia Ross de Strangers in the night que du chef d’oeuvre de Robson/LewtonDommage.