La marmaille (Bernard-Deschamps, 1935)

Un veuf père d’une petite fille épouse la mère d’un petit garçon…

Cette étrange pépite du cinéma français des années 30 commence comme une évocation naturaliste nourrie de détails très concrets (les enfants qu’on met sur le palier pour pouvoir faire l’amour), continue comme un mélodrame au schématisme un peu expéditif et s’achève en beau conte de Noël. Non seulement les registres varient au fur et à mesure de la projection mais l’intérieur de chaque partie est équilibré par un contrepoint. Chaque plan, chaque phrase, chaque inflexion du récit contient sa propre critique. Ce sens dialectique culmine dans le double sens de la réplique finale. L’interprétation aux mille nuances de Pierre Larquey (fût-il jamais meilleur que chez Bernard-Deschamps?) et la justesse des enfants empêchent l’excès pathétique. La longue errance du personnage principal préfigure l’amertume de la dernière partie de Place aux jeunes;  d’ailleurs, La marmaille est un peu à Place aux jeunes ce que Place aux jeunes est à Voyage à Tokyo.

Tumultes (Robert Siodmak, 1932)

A sortie de prison, un mauvais garçon retrouve sa maîtresse qui s’est entichée d’un autre…

Le rythme manque de fluidité et de vivacité mais l’inventivité formelle de Siodmak donne de la hauteur à plusieurs séquences. Je pense notamment au travelling subjectif qui figure l’arrivée du rival chez la jeune femme. Plusieurs plans semblent sortis tout droit d’un film noir américain des années 40.

 

L’Atlantide (G.W. Pabst, 1932)

Aux confins de la Tunisie, un capitaine de l’armée coloniale se souvient d’une expédition dans le désert où il pénétra en Atlantide…

Du David Lynch avant l’heure. Le flou entre hallucination et réalité est suffisamment bien ménagé pour que le spectateur n’assimile pas les images qui se déroulent devant ses yeux à un délire sans objet. La forme concentrique du récit (trait de génie), la rigueur du montage, l’originalité des transitions, le splendeur des cadrages et le velouté des travellings permettent à la fascination de rester constante.