La fosse aux serpents (Anatole Litvak, 1948)

L’histoire d’une folle.

Les notations documentaires sur la vie à l’asile et les traitements variés infligés à l’héroïne ainsi qu’un travelling impressionnant qui poétise la chronique et donne son titre à l’oeuvre sont ce qu’il y a à retenir de ce pesant pensum sur la psychiatrie même si Robert Walker et Olivia de Havilland sont bons.

Lilith (Robert Rossen, 1964)

Un jeune homme se fait engager dans un asile et tombe amoureux d’une schizophrène.

Le montage alambiqué et esthétisant qui abuse des surimpressions peine à masquer l’indigence du récit (on est très loin de La toile d’araignée). Reste le plaisir de contempler deux acteurs sublimes dont les visages sont magnifiquement photographiés par Eugene Shuftan: Jean Seberg et Warren Beatty.

 

L’antre de la folie (Behind locked doors, Budd Boetticher, 1948)

Un détective privé se fait passer pour fou pour intégrer un asile où un caïd en fuite se serait réfugié…

Le travail sur les contrastes de l’image ne suffit pas à relever l’intérêt de cette petite série B tant le scénario est inepte, le rythme mou du genou et l’interprète du héros (Richard Carlson) fadasse.

Bedlam (Mark Robson, 1946)

Au XVIIIème siècle, une jeune femme est enfermée dans le terrifiant asile de Bedlam après s’être fâchée avec son directeur…

Quelques judicieuses idées de mise en scène (l’emmurement, les plans dans le couloir obscur qui sont tout à fait dans la tradition de Val Lewton…) agrémentent heureusement un film qui contient trop de scènes de parlotte, assez médiocrement interprété et dont la caractérisation des personnages manque de nuances.

La toile d’araignée (Vincente Minnelli, 1955)

Dans une clinique psychiatrique, le choix de la couleur de nouveaux rideaux révèle diverses tensions.

Le prétexte dramatique est ridicule mais l’enchevêtrement des intrigues est prodigieux. La toile d’araignée est donc d’abord un sommet de narration. Alors que l’histoire racontée aurait pu se réduire à un affrontement entre le psychiatre progressiste aux méthodes expérimentales et ses associés conservateurs, éternelle querelle entre anciens et modernes, Minnelli et les scénaristes ont eu l’intelligence d’éviter ce sujet banal. A travers les multiples personnages, tous excellemment interprétés (la distribution royale réunit entre autres Richard Widmark, Lilian Gish, Charles Boyer et Lauren Bacall), leur film est un tour d’horizon des passions humaines, passions parfois nobles mais souvent médiocres. La façon dont chacun prend à cœur le choix de la couleur des rideaux de la bibliothèque dévoile leur part d’irrationalité. Qu’ils fassent partie des patients, des médecins ou du personnel administratif, les protagonistes sont tous soumis à des névroses ou à de la mélancolie. Soigner des fous demande d’abord d’accepter -et pourquoi pas de sublimer dans la création artistique- sa propre folie.

Plus caustique que les autres grands films de Vincente Minnelli, La toile d’araignée est également plus sobre plastiquement parlant. Compte tenu de la distance inédite de l’auteur par rapport aux personnages et aux situations, ses fameux mouvements d’appareil porteurs de lyrisme sont quasiment absents tandis que le Technicolor, à dominante marron, n’est pas utilisé à des fins expressives ou dramatiques. La beauté naît de la suprême maîtrise avec laquelle les images en Cinémascope sont composées, avec laquelle un nombre plus ou moins grand de personnages est agencé dans le cadre élargi. La musique avant-gardiste de Leonard Rosenman participe également de la place à part, très adulte, qu’occupe La toile d’araignée dans l’oeuvre de Minnelli et dans le cinéma américain d’alors. Aussi réussi soit ce film, ce n’est pas ici que le génie du cinéaste s’est exprimé avec le plus de pureté.

En présence d’un clown (Ingmar Bergman, 1997)

Dans les années 20, un ingénieur interné en hôpital psychiatrique et féru de Schubert invente le cinéma parlant.

Arrivé en fin de carrière, Ingmar Bergman ne se préoccupe plus guère d’inscrire ses éternelles obsessions (la mort, le sexe, le théâtre, l’absence de Dieu tout ça) dans une quelconque réalité. En présence d’un clown est peut-être son film le plus décharné, le plus cru. Le problème est qu’une abstraction aussi prononcée anesthésie complètement le film. Heureusement, son ultime ultime film, Saraband, allait être d’un tout autre acabit.

Le roi de coeur (Philippe de Broca, 1966)

A la fin de la première guerre mondiale, un soldat britannique est chargé de désamorcer une bombe cachée dans un village abandonné par toute sa population à l’exception des pensionnaires échappés de l’asile.  

A partir de son sujet, le film aurait pu sombrer dans un éloge bêtement anticonformiste des marginaux mais il n’en est rien parce que le contexte est très particulier. La Première guerre mondiale, c’est tout de même le moment de l’Histoire où l’absurdité des comportements humains atteint un paroxysme sans précédent donc Le roi de coeur est en fait une fable pacifiste plutôt qu’un film sur la folie en général. Avec une triste ironie, de Broca met en relief la bêtise des belligérants.

Cependant, Le roi de coeur est un grand film et en tant que tel, son essence, c’est son style avant d’être son propos. Le style ici, c’est la vivacité élégante d’une narration très visuelle. C’est une pléiade de seconds rôles qui insufflent une humanité décalée à la fable. Ce sont les arabesques felliniennes d’une mise en scène qui sécrète plusieurs instants magiques. Citons pêle-mêle: la sortie des fous dans la ville dévastée, Geneviève Bujold qui rejoint son promis en traversant la rue sur un fil téléphonique et d’une manière générale toutes les digressions ordonnées comme des numéros de cirque. Toutes ces séquences sont nimbées du lyrisme tendre de la musique de Georges Delerue, musique en parfaite symbiose avec la délicate poésie de de Broca, musique qui achève de faire du Roi de coeur un des films français les plus attachants des années 60.

La tête contre les murs (Georges Franju, 1959)

Un bourgeois fait interner son fils asocial à l’hopital psychiatrique.

La tête contre la murs vaut surtout pour sa mise en scène qui nimbe le film d’une aura irréelle, sans être vraiment fantastique. Sans ostentation, sans volonté trop affichée de paraître original, Georges Franju arrive à donner une impression de neuf. Songeons à la séquence de vol du début, qui n’a rien d’une séquence de vol grâce entre autres à la musique de Maurice Jarre (paix à son âme) qui fait un judicieux contrepoint à l’image. D’une manière générale, le travail sur le son dans La tête contre les murs est fabuleux mais la poésie se manifeste à tous les niveaux de la mise en scène, des seconds rôles mémorables (Aznavour) à la photographie d’Eugène Schufftan en passant par le visage et le corps d’Anouk Aimée. Cette élégante étrangeté de la forme remet en cause les repères habituels entre folie et respectabilité sociale. Certes, tout n’est pas complètement réussi dans le film. La dérision facile et inadéquate insufflée par le style décalé aux scènes d’évasion montre que Franju n’est pas très à l’aise dans l’action. Le manichéisme incarné dans les deux docteurs opposés est également regrettable, il ramène l’oeuvre  du côté du film à thèse, altérant un peu sa grâce. La tête contre les murs n’en reste pas moins un très beau film.