Il commissario (Luigi Comencini, 1962)

Alors que ses collègues se sont empressés de classer l’affaire pour profiter de leur week-end pascal, un policier décidé à faire carrière enquête sur la mort violente du leader de la démocratie chrétienne.

Cette excellente comédie policière s’articule autour de deux axes: l’enquête proprement dite et l’histoire du héros avec sa nouvelle fiancée, une histoire sans cesse contrariée par les nécessités de son travail policier. Outre qu’il génère de nombreux gags (les déjeuners où notre héros est attendu en vain par sa belle-famille), ce contrechamp féminin nuance et enrichit ce qui aurait pu se limiter à une satire de la tranquille corruption des milieux politico-judiciaires. Notre Don Quichotte est d’abord motivé par l’idée de briller aux yeux de sa hiérarchie, dût-il envoyer un innocent derrière les barreaux. Ainsi, les auteurs évitent le manichéisme et élargissent la cible de leurs moqueries, raillant aussi bien l’immobilisme intéressé des élites que l’arrivisme de certains fonctionnaires. Sans l’afficher de façon aussi bruyante que Le fanfaron (pour le meilleur) ou Ces messieurs-dames (pour le pire), Il commissario n’en exprime pas moins une vision profondément pessimiste de la société italienne de son temps.

Le formidable Alberto Sordi trouve ici un rôle taillé à sa mesure, sachant rendre son personnage attachant jusque dans sa médiocrité. Contrairement à d’autres personnages de la comédie italienne, ce commissaire plein de défauts n’est jamais caricatural et toujours sauvé aux yeux du spectateur par la profonde humanité qui est la sienne. C’est un modèle de caractérisation comique. Il commissario est également plein de trouvailles cocasses qui, mine de rien, donnent de l’épaisseur au personnage: ainsi lorsqu’il interdit à son amoureuse de le toucher parce qu’il vient de se faire vacciner et qu’il a mal au bras. C’est inattendu, drôle et révélateur de la nature du policier.

Film où la verve comique n’a d’égale que l’équilibre de la construction, Il commissario est un des plus beaux fleurons de la comédie italienne.