Rose de minuit (Midnight Mary, William Wellman, 1933)

La maîtresse d’un gangster tombe amoureuse du fils d’un juge.

Un mélo bien mené car le manichéisme est atténué au profit d’une relative justesse dans le détail des scènes et le comportement des personnages. Seul le crime final, déterminant car le récit est un long flashback, paraît quelque peu artificiel. Loretta Young est adorable. Il y a une véritable expression visuelle de l’attirance érotique. une sensualité rare même dans les films dits « pre-code ». Bref, sans atteindre les sommets de Safe in Hell ou Frisco Jenny, Rose de minuit est un bon Wellman.

The stranger’s return (King Vidor, 1933)

Après s’être séparée de son mari, une new-yorkaise retourne à la ferme de son grand-père…

Ce retour à la terre manque du lyrisme géorgique propre à King Vidor (la brutalité des raccords après certaines images bucoliques laisse penser que la MGM a massacré le film au montage) mais les rapports entre la citadine et les paysans, loin d’être univoques, sont retranscrits avec justesse et cruauté tandis que Lionel Barrymore, grand cabotin s’il en fut, assure le spectacle. Pas mal.

Le monde en marche (John Ford, 1934)

De 1825 à 1934, l’histoire d’une famille de producteurs de coton installée en Europe…

Si, par défaut d’esprit de synthèse, Le monde en marche échoue dans son ambitieux et fumeux projet qui serait de faire ressentir la mise à l’épreuve de la solidité familiale par les grands événements politiques, il se regarde avec intérêt grâce au soin apporté à la mise en scène. Même si ce film lui fut imposé contre son gré par la Fox, l’attention et la sensibilité de John Ford lui permettent de réussir des séquences variées: scène galante tout en non-dits dans le vieux Sud, mariage allemand avec larges mouvements d’appareil quasi-ophulsiens, batailles violentes et chaotiques heureusement dénuées d’héroïsme guerrier… Ce talent, qui fait complètement défaut à Frank Lloyd et Noel Coward dans Cavalcade, lui permet de maintenir des personnages crédibles, vivants et attachants même lorsque ceux-ci sont soumis à des conventions d’écriture ridicules (ce qui a trait aux réminiscences des générations antérieures). En cela, le réalisateur est bien aidé par des acteurs excellents, à commencer par Franchot Tone.