Le veau gras (Serge de Poligny, 1939)

Un jeune homme qui a vécu comme gigolo à Paris revient chez ses parents en province.

C’est plus sinistre que drôle: la mise en scène est platounette, le personnage d’André Lefaur est insupportable de vile caricature, la fin est prétentieusement morale et le seul bon moment du film est celui, doux-amer, où chaque membre de la famille vaque à ses occupations après le repas. C’est un des rares moments du cinéma français des années 30 où la Mère et la Famille sont filmées.

La chaleur du sein (Jean Boyer, 1938)

Un jeune homme ayant tenté de se suicider, les différentes épouses de son père qui lui ont successivement servi de mère accourent à son chevet.

Comédie fort médiocre, sans invention, sans gag, qui patine pendant une heure avant de sombrer dans la mièvrerie la plus crasse. C’est un des rares films où Marguerite Moreno est mauvaise (mais on lui a demandé de jouer une Américaine).

 

Nous sommes tous coupables (Luigi Zampa, 1959)

A Gênes, un juge d’instruction enquête sur un tabassage violent pendant que des membres de la famille chez laquelle il loge essayent de maintenir leur niveau économique sans se compromettre moralement…

Entremêlant personnages et intrigues avec la virtuosité d’un romancier, Lugi Zampa a réalisé un nouveau film sur les divers processus de corruption à l’oeuvre dans la société italienne. Préférant cette fois la tonalité dramatique au registre comique, il a concocté plusieurs séquences saisissantes d’amertume. La finesse de l’interprétation (François Périer en tête), le réalisme de la mise en scène et la rigueur d’une narration centrée sur les comportements individuels permettent de ne jamais sacrifier la vitalité et le naturel de la représentation au schématisme du discours. Finalement, seul le personnage du juge apparaît comme un prétexte d’auteur, un relais entre le spectateur et la fiction en cela qu’il permet aux autres protagonistes de s’épancher sur leur condition. A noter que Il magistrato est un film d’autant plus beau qu’il est un des seuls de Zampa à se clore sur une note d’espoir, note d’espoir matérialisée par le lumineux visage de la jeune Cardinale.

Au petit bonheur (Marcel L’Herbier, 1946)

L’épouse d’un éditeur pourchasse son mari qu’elle soupçonne de le tromper…

Théâtre filmé poussif où l’hystérie des acteurs (épouvantable François Périer) est censée suppléer à la redondante nullité du scénario. Les préciosités visuelles de Marcel L’Herbier ne font qu’accentuer le sentiment de vacuité qui émane de ce navet.

Police Python 357 (Alain Corneau, 1976)

A Orléans, un flic tombe amoureux de la maîtresse de son patron…

Si l’extraordinaire scénario n’est pas exempt de facilités qui lui permettent de boucler la boucle, Police Python 357 n’en demeure pas moins un magnifique polar. La façon purement visuelle qu’a Alain Corneau de dessiner le portrait de son héros fêlé, en montrant la répétition obsessionnelle de ses gestes techniques ou en vidant son appartement de toute décoration, révèle un sens de la mise en scène aussi aigu que rare. Le visage fatigué de Yves Montand donne une épaisseur émotionnelle au personnage. La musique de Georges Delerue, originale et différente des adagios qu’il a l’habitude de composer, insuffle un beau lyrisme à des scènes d’amour qui risqueraient de tomber à plat sans elle, Stefania Sandrelli étant le maillon faible d’une distribution quatre étoiles. Au fur et à mesure que le récit avance, une dramaturgie aussi tragique que généreuse (aucun personnage n’est « méchant ») étreint le spectateur.

Tous peuvent me tuer (Henri Decoin, 1957)

Après avoir dérobé des bijoux, des malfaiteurs se font volontairement emprisonner pour un délit mineur de façon à avoir un parfait alibi. Pendant leur détention, ils meurent un à un…

La fumeuse résolution de l’intrigue trahit le manque d’ambition des auteurs mais Henri Decoin découpe ça avec une efficacité plastique digne des films noirs de Hathaway et son film se suit avec plaisir. La mise en scène (découpage, éclairage, direction d’acteurs) peut même transmettre une certaine poésie: ainsi de la scène du parloir, presque géniale. Les acteurs sont biens, en particulier Francis Blanche et le jeune et déjà savoureux Jean-Pierre Marielle.

L’amant de cinq jours (Philippe de Broca, 1961)

Un jeune homme entretenu par une couturière tombe amoureux d’une jeune amie de celle-ci, mariée à un archiviste…

Adaptation d’un livre de Françoise Parturier, L’amant de cinq jours est, de loin, le meilleur des quatre premiers films de Philippe de Broca avec Jean-Pierre Cassel car c’est celui où la fantaisie est la moins forcée. Les personnages ne sont pas des pantins mais leur évolution sentimentale est appréhendée par un réalisateur attentif et déjà maître de sa technique quoique pas encore trentenaire.

Agencés dans un équilibre merveilleux de justesse, les dialogues ciselés de Daniel Boulanger, la musique lyrique de Georges Delerue et le noir&blanc de Jean Panzer, qui sied aussi bien aussi au Paris nocturne qu’aux jardins du château de Chantilly sous les feuilles d’automne, poétisent la comédie.

Contrairement à ce qui se passe dans les mauvais films de l’auteur, les artifices de mise en scène ne vont pas ici à l’encontre de la vérité des personnages mais expriment la singularité de leur être. Des moments suspendus comme la valse entre les « officiels » ou le retour à la maison du mari trompé révèlent de la part du cinéaste une générosité et un tact qui transcendent le canonique canevas sur lequel il s’est appliqué.

On notera particulièrement l’émouvante noblesse du cocu admirablement interprété par François Périer. Micheline Presle et, surtout, Jean Seberg sont filmées comme de Broca a toujours filmé ses actrices: avec autant d’amour que de goût. Jean-Pierre Cassel s’en sort très bien pour simuler une fragilité qui complexifie heureusement son personnage récurrent, celui du héros jouisseur et indolent. La fin, dans sa suprême élégance, évoque furtivement Madame de… et Diamants sur canapé (sorti un an plus tard).