Knight of the trail (William S.Hart, 1915)

Par amour, un bandit restitue son butin…

Ces deux bobines ne constituent ni le plus ambitieux ni le plus abouti des westerns de Williams S.Hart mais il y a déjà tout ce qui fera son succès: histoire de rédemption, sens de l’action (on note une belle chevauchée filmée avec un large panoramique), concision de la mise en scène (profondeur de champ bien exploitée dans le saloon), sobriété expressive de son interprétation (qui tranche ici d’avec celle, outrancière, de sa partenaire). Le genre de film qui aurait pu être refait quasiment à l’identique cinquante ans plus tard pour la télévision, avec juste le son en plus.

Granddad (Thomas Ince, 1913)

Parce qu’il a incité sa petite fille à lui planquer une bouteille, un vétéran de la guerre de Sécession est chassé du foyer par sa bru…

L’alcool, les vieux et la guerre de Sécession: on se rend compte que les thèmes chers à John Ford n’étaient pas follement originaux. Même la morale -un triste pessimisme quant au traitement des héros de guerre par une bonne société fondamentalement pharisienne- est typique du futur auteur de La chevauchée fantastique. De ce matériau, Thomas Ince ne tire certes pas un film aussi sublime les chefs d’oeuvre du borgne mais un beau moyen-métrage à cheval entre primitivisme et classicisme. Le grossier scénario abuse des coïncidences pour faire avancer l’histoire, William Desmond Taylor dans le rôle titre surjoue parfois et les angles de prise de vue ne sont pas très variés mais plusieurs séquences témoignent déjà d’un vrai sens du cinéma: l’émouvant enterrement à Arlington, le flashback de la bataille et, d’une façon générale, les extérieurs qui sont joliment photographiés.

La colère des dieux (Reginald Barker, 1914)

Au Japon, un marin américain s’entiche d’une fille devant rester vierge…

Le 27 janvier 1914, 15 jours seulement après le début de l’éruption du Sakura-Jima, Thomas Ince inaugurait le tournage de ce mélo exotique inspiré par la catastrophe. Cet opportunisme lui permettait d’articuler l’intrigue intimiste et le drame social à la catastrophe géologique pour donner une portée cosmique à la tragédie. Ce faisant, et nonobstant les conventions du mélo, il démontrait une intelligence aiguë des pouvoirs spécifiques au cinéma.

Dès le premier film qu’il réalise, Reginald Barker fait preuve d’une aisance qui fait de La colère des dieux un jalon notable dans l’élaboration de la grammaire classique. Un découpage sophistiqué contenant gros plans et montage parallèle permet à la narration, certes simple, de souvent se passer de cartons (cartons qui étaient abondants chez Griffith). De par leur ampleur, les prises de vue de la catastrophe reconstituée demeurent très impressionnantes aujourd’hui. Frank Borzage, plein de fraîcheur, et Sessue Hayakawa, dans une composition très artificielle, sont des interprètes impeccables.

Bref, si certaines scories primitives, dont l’exotisme de pacotille, empêchent La colère des dieux d’avoir la force des chefs d’oeuvre ultérieurs de Ince & Barker (L’Italien, Châtiment…), ce film n’en constitue pas moins une belle inauguration de la manière tragique du plus grand producteur américain des années 10.