L’amour chante et danse (Holiday inn, Mark Sandrich, 1942)

Un chanteur que sa fiancée à quitté pour son collègue danseur quitte le show-business et ouvre une auberge dans le Connecticut.

C’est de la façon la plus stupide que la cohabitation des deux stars a été gérée: prétexté par chaque jour férié de l’année (les « holidays » du titre), un numéro de chant succède à un numéro de danse. Cela rend évidemment la narration très programmatique. On se doute bien que le récit est le cadet des soucis des fabricants de L’amour chante et danse mais j’ai connu des comédies musicales qui déroulaient moins laborieusement leur conventionnelle intrigue. Heureusement, Fred Astaire danse, Bing Crosby est suave et la direction artistique de la Paramount tranche plaisamment d’avec l’aridité visuelle de la RKO. Mais quand même, gare au diabète!

Flashing spikes (John Ford, 1962)

Un jeune joueur de base-ball est soupçonné de corruption après avoir eu des contacts avec un vétéran qui fut en son temps radié des terrains.

Dans le cadre de la série « Fred Astaire présente », John Ford a réalisé cet épisode consacré au base-ball et y a employé plusieurs de ses prestigieux collaborateurs de L’homme qui tua Liberty Valance, tourné la même année: James Stewart en vedette, John Wayne en figurant, William Clothier à la photo. Le monde du sport sert de décor à une fable sur la malfaisance des rumeurs et des calomnies. Flashing spikes confronte deux beaux personnages fordiens: le jeune espoir récemment marié dont la carrière est interrompue suite à son envoi en Corée et la légende vivante à la réputation entachée. Les multiples notations drôles et pathétiques enrichissent la texture d’un film au scénario calibré voire ouvertement démagogique (ainsi du laïus final d’Astaire sur le base-ball). L’affaissement physique de Stewart rend plus que sensible la déchéance de son personnages. Sa merveilleuse interprétation contribue grandement à rendre Flashing spikes nettement supérieur à Rookie of the year, l’autre épisode de série réalisé par Ford sur un sujet très similaire. Ne serait-ce que parce que ce téléfilm d’une heure constitue une belle occasion de se rappeler quel immense acteur était James Stewart, il se doit d’être vu.

Entrons dans la danse (The Barkleys of Broadway, Charles Walters, 1949)

L’amour d’un couple de danseurs est mis à mal par les velléités théâtrales de la dame.

Dernier film de Fred Astaire et Ginger Rogers. Au niveau de la danse, c’est assez inégal dans la mesure où certains numéros (les Ecossais…) sont peu dynamiques et altèrent le rythme général du film tandis que d’autres sont de purs ravissements. Un pas de deux de Ginger et Fred, cela restera toujours une certaine idée de la grâce au cinéma. Entrons dans la danse en compte évidemment plusieurs. De plus, le récit en forme de comédie de remariage sied parfaitement au come-back du duo et, narré qu’il est avec élégance et légèreté, achève de rendre le film particulièrement touchant.

Un voyageur (Marcel Ophuls, 2013)

Les mémoires filmées de Marcel Ophuls, fils du grand Max, féru de cinéma hollywoodien classique, amoureux des femmes et documentariste majeur hanté par la seconde guerre mondiale.

Marcel Ophuls avait la flemme d’écrire ses mémoires, il les a donc filmées. Usant abondamment d’extraits de cinéma pour illustrer ses propos, il nous entretient de son père, de son regret de ne pas avoir conclu avec Marlene Dietrich (il la pensait alors trop vieille pour lui), de l’Exode, du projet avorté de Louis Jouvet et Max Ophuls parce que l’un séduisit la maîtresse de l’autre, de son arrivée à New-York (« en ce temps-là, la statue de la Liberté, ce n’était pas qu’une image »), de sa rencontre avec Truffaut, de ses propres films…On le voit, la trivialité se mêle allègrement à la grande Histoire.

Pour peu que l’on soit un minimum intéressé par les événements cruciaux du XXème siècle ou par le cinéma, l’itinéraire de ce grand artiste cosmopolite est tout à fait passionnant même si la courte durée du film (deux heures, c’est peu pour l’auteur de Veillées d’armes) donne parfois une frustrante impression de survol. Très présent à l’image, Marcel Ophuls est ici plus malicieux que jamais mais cela ne l’empêche pas d’assouvir un réel besoin de confession. Ainsi, il ouvre Un voyageur en mimant les coups qu’il donnait à sa femme: où l’on voit que, lucide avant tout, le réalisateur du Chagrin et la pitié ne s’épargne pas dans son besoin quasi-obsessionnel de remuer la merde.

Papa longues jambes (Jean Negulesco, 1955)

Un milliardaire américain adopte une jeune Française puis la délaisse.

Le Cinémascope a rendu Jean Negulesco encore moins imaginatif qu’à l’accoutumée et sa mise en scène désolante de platitude ne sert guère un scénario prévisible. Les chansons sont de plus assez faibles et les numéros musicaux parfois vulgaires. Enfin, Papa longues jambes est un film d’une longueur intolérable (2h10, soit au moins une demi-heure de plus qu’il n’en faut).

Drôle de frimousse (Stanley Donen, 1956)


Un photographe de mode emmène une jeune libraire de Greenwich Village à Paris dans l’espoir de la faire poser.

Drôle de frimousse dispose des vertus propres aux meilleures comédies musicales. C’est à dire que c’est un film dont les nombreuses expérimentations démultiplient le pouvoir enchanteur. Voici deux exemples de l’inventivité sans commune mesure de Stanley Donen:

-d’abord, le numéro formidablement entraînant « Bonjour Paris » dans lequel le cinéaste réinvente tranquillement le split-screen quinze ans avant Richard Fleisher.

-Ensuite, la danse d’Audrey Hepburn dans une cave de Saint-Germain des Prés où la star plus féline que jamais se meut sur de la musique contemporaine. De la musique contemporaine dans un musical hollywoodien! Il fallait le faire, et la suprême élégance des auteurs est que leur originalité ne rompt nullement la continuité du film. Admirable art d’usine où les egos ne comptent pour rien et où une idée n’a d’intérêt que si elle sert le spectacle!

Et quel spectacle que Drôle de frimousse! Drôle, entraînant, infiniment charmant. Une vraie bulle de champagne. La stylisation de la mise en scène ne concerne pas que les numéros musicaux mais permet de retranscrire un lieu, une atmosphère, un état d’esprit en un minimum de temps. Voyez l’ouverture dans le bureau de la directrice où l’organisation des décors, des couleurs et du mouvement des actrices permet à Donen de croquer le cynisme débile de la presse féminine. Plus tard dans le film, la fumisterie des existentialistes sera moquée avec le même génie de la mise en scène.

Il faut louer le travail du directeur de la photographie Ray June qui, en plus de nous concocter des images chatoyantes, s’est lui aussi permis d’expérimenter intelligemment: ainsi du flou des plans près de l’église qui restitue admirablement la lumière de certaines campagnes lorsqu’elles sont écrasées par le soleil. Il faut bien sûr rappeler combien la musique, en grande partie composée par George et Ira Gershwin, est réussie.

Et évidemment, il y a les deux stars. En 1956, Fred Astaire est encore un immense danseur et Audrey Hepburn est déjà la plus gracieuse des femmes. Elle est l’actrice idéale pour faire discrètement affleurer la mélancolie le temps d’un plan sur son ravissant visage et le couple qu’elle forme avec l’ancien partenaire de Ginger Rogers est à la hauteur de ses promesses (au contraire de celui qu’elle formera avec Cary Grant dans le décevant Charade).

Mariage royal (Stanley Donen, 1951)

Le film tourné par Stanley Donen juste avant Chantons sous la pluie. C’est malheureusement un musical qui n’a d’autre intérêt que deux ou trois numéros éblouissants de Fred Astaire dont un dans lequel il danse sur les murs et le plafond. L’histoire est complètement niaise. Les couleurs pastels sont particulièrement laides. A voir ce genre de photographie, on comprend certains critiques des années 50 qui fustigeaient le Technicolor parce qu’il aplatissait vulgairement toutes les nuances, tous les contrastes. Fred Astaire est la vedette mais le film est dénué de la grâce surranée des comédies musicales de la RKO des années 30. On est en plein dans le loukoum kitsch typique de ce que pouvait avoir de pire les productions MGM de l’époque.