La rue sans nom (Pierre Chenal, 1934)

Un bandit en cavale s’incruste avec sa fille chez un ancien complice devenu père de famille ouvrier.

Visiblement très influencé par Pabst, Pierre Chenal a privilégié l’esthétisme à la fluidité. Force est de constater que le roman de Marcel Aymé est beaucoup plus riche d’évocations et d’émotions que son adaptation cinématographique (à propos de laquelle fut pour la première fois employée l’expression « réalisme poétique »).

Les deux orphelines (Maurice Tourneur, 1933)

Sous Louis XV, les mésaventures de deux orphelines montées à Paris et abusées par divers personnages…

Le talent visuel de Maurice Tourneur ne suffit pas pour insuffler un quelconque intérêt dramatique à ce poussiéreux mélo fait de manichéisme outrancier, de personnages caricaturaux et de coïncidences grossières. L’omniprésence du studio et l’absence de plan d’ensemble des rues de Paris accentuent l’aspect essentiellement illustratif de la mise en scène. Toutefois, une scène, d’une beauté hallucinée, surprend: celle où la marâtre berce le cadavre de son fils.

Le Val d’enfer (Maurice Tourneur, 1943)

Le propriétaire d’une carrière provençale, célibataire endurci vivant chez ses parents, ramène de Paris la fille de son meilleur ami après le décès de ce dernier…

L’affiche qui vend un film « réaliste et humain » n’est nullement mensongère. Aux scènes intimistes d’une grande intensité émotionnelle, le scénariste Carlo Rim a mêlé des séquences de fête et de discussion au bistrot qui, sans verser dans un pittoresque de mauvais aloi, inscrivent le drame dans une communauté précise et insufflent un peu de légèreté sans que cela n’apparaisse artificiel.

Chaque personnage est peint avec une finesse et un sens de la nuance qui, à la même époque,  ne connaissaient d’équivalent que chez Grémillon. Gabriel Gabrio exprime la dignité aussi bien que la médiocrité du héros sans que l’on puisse démêler l’une de l’autre; Ginette Leclerc parvient à provoquer l’empathie pour la garce qu’elle interprète; Edouard Delmont et Gabrielle Fontan incarnent un couple de vieux aussi vrai et aussi touchant que celui de Place aux jeunes.

Entre ces divers personnages et les enjeux dramatiques qui vont avec, c’est un découpage net et poétisé par les beaux contrastes de Thirard qui opère la synthèse. Les répercussions de leur milieu sur la conduite des protagonistes sont également rendues sensibles par le metteur en scène; voir par exemple ces bruits de mine qui tapent sur le système de la jeune femme. Certaines images ont une densité digne des derniers films de Dreyer.

Pour une fois, le tempérament de Maurice Tourneur, cette froideur routinière à la limite de l’indifférence, a servi son film car elle lui a fait éviter les deux écueils majeurs d’un tel sujet: le manichéisme et les excès lacrymaux. Le mélo régionaliste est ainsi hissé à la hauteur d’une tragédie qui, à l’opposé de la fadeur bon teint si courante dans le cinéma de l’Occupation, frappe par sa dureté et sa justesse.

Seule la fin qui colle un sens moral à ce drame passionnant où « tout le monde avait ses raisons » déçoit un peu et empêche Le Val d’enfer de figurer parmi les plus grands chefs d’oeuvre du cinéma français.

Coeurs joyeux (Hanns Schwarz et Max de Vaucorbeil, 1932)

Un projectionniste qui a été forcé à aider des voleurs de bijoux s’entiche de la soeur de leur chef.

Coeurs joyeux est un spectacle ravissant de fraîcheur naïve: la sympathie du couple formé par Jean Gabin et la douce Josseline Gaël, la poésie du découpage, le charme de la musique et la liberté d’un récit qui marie tranquillement lyrisme quotidien à la Frank Borzage (le héros qui moût le café dans des coussins pour ne pas réveiller son invitée !), scènes chantées et péripéties façon Tintin sont autant de qualités qui donnent du corps à un plaisant populisme de bande dessinée tout en faisant oublier les quelques flottements du rythme et de la narration.

Campement 13 (Jacques Constant, 1940)

Une femme fait des ravages dans un campement de mariniers.

Ce seul film français réalisé par Jacques Constant est un titre atypique de la production de son époque. En plus d’être l’occasion d’un intéressant discours documentaire dans les premières séquences, le milieu des mariniers sur berge est un terreau dramatique des plus fertiles: pour le scénariste de métier qu’était Jacques Constant, il fut sans doute facile d’appliquer les bonnes vieilles recettes du mélo naturaliste à cette population masculine coupée du monde et confrontée à l’altérité féminine. Ainsi, plus qu’une étude entomologiste à la Becker, Campement 13 est un drame de la passion qui rejoue l’éternel schéma de la fille de mauvaise vie qui rend fou d’amour les braves gars, sans grande subtilité mais avec un beau sens de la dialectique et un lyrisme naïf matérialisé dans les dialogues qui touche juste à plusieurs endroits. A voir.

Les misérables (Henri Fescourt, 1925)

Jean Valjean, ancien forçat se repend en recueillant Cosette…

Illustration du roman de Hugo pas franchement nulle mais fort ennuyante de par son académisme. Sur les 6 heures 20 de projection, il y a bien deux ou trois scènes réussies (l’image saisissante de Waterloo, la fuite dans les égouts) mais les adaptateurs n’ont eu aucune intelligence de la narration cinématographique et du rythme qu’elle impose. Les quatre épisodes n’ont guère d’unité dramatique et, très souvent, les images redondent entre elles. Exemple: il se passe cinquante minutes avant que Jean Valjean ne quitte la maison de l’évêque avec les chandeliers. Ce qui, dans les autres adaptations, constitue une exposition traitée en un quart d’heure est ici d’une lourdeur atroce du fait que la situation de Jean Valjean rejeté par les aubergistes est délayée à coups de scènes parfaitement répétitives. Quant à la mise en scène, si elle dispose de moyens importants, elle n’est guère plus imaginative et variée que l’écriture.

Au nom de la loi (Maurice Tourneur, 1932)

L’assassinat d’un  inspecteur entraîne l’enquête de ses collègues dans le milieu parisien.

Au nom de la loi est un film policier à la Française emblématique de son temps. L’évocation de la pègre donne lieu à un pittoresque populiste. Pittoresque qui n’édulcore pas la violence inhérente au genre (voir le siège final). Loin d’être inoubliable, le film est bien fait.