Le maître de forges (Abel Gance & Fernand Rivers, 1933)

Abandonnée par son aristocratique prétendant qui espérait une grosse dot, une marquise désargentée se marie à un grand ingénieur…

Après bien des rebondissements désuets mis en boîte sans grande imagination et entrecoupées d’images de forge saisissantes mais décorrélées de l’intrigue (dues à Abel Gance?), la tragédie, finalement, se noue et, soutenue par la conviction de Gaby Morlay, émeut.

Gigi (Jacqueline Audry, 1949)

Dans le Paris de la Belle-époque, sa grande-mère et sa tante éduquent une jeune fille pour qu’elle devienne une cocotte.

Cette première adaptation du roman de Colette est nettement supérieure au film de Minnelli car l’incisive verdeur du propos n’est pas diluée dans une débauche décorative. Ce serait même le contraire tant il est vrai que la mise en scène est un peu étriquée, en plus de manquer de dynamisme. Heureusement, les dialogues savoureux et les excellents comédiens -en tête desquels un Jean Tissier qui s’en donne à coeur joie- donnent vie aux scènes de comédie.

Samson (Maurice Tourneur, 1936)

Un homme d’affaires riche et véreux s’éprend d’une aristocrate qu’il épouse…

La sécheresse du style de Maurice Tourneur (voir les ellipses du montage) fait tendre ce mélodrame théâtral vers l’étude de caractères. Le regard du cinéaste sur ses personnages est tendre mais implacable. Gaby Morlay qui peine à se départir de sa sympathique vulgarité n’est guère crédible en aristocrate mais la prestation de Harry Baur défie l’entendement tant elle obscurcit la limite entre flamboyance du jeu et cabotinage éhonté. On lui doit les meilleures scènes de ce film, un film qui est plutôt pas mal.

Un revenant (Christian-Jaque, 1946)

A Lyon, un homme que des bourgeois croyaient avoir assassiné revient après avoir fait fortune…
Un film rendu complètement nul par l’épaisseur du trait. Les dialogues signés Jeanson sont effroyablement m’as-tu-vu et n’ont aucune espèce de crédibilité. Chacune de leurs répliques souligne la bassesse et la veulerie des bourgeois. Aucune nuance, aucune subtilité, aucune complexité donc aucun intérêt. Le milieu des tisserands lyonnais aurait pu être intéressant à pénétrer mais le contexte social n’est aucunement exploité par les auteurs et leurs personnages ne sont que des fantoches asservies à des conventions narratives éculées quand ils ne sont pas victimes du mépris sans appel de Jeanson tellement sûr de lui et de sa charge anti-bourgeoise. Ajoutons que si les acteurs plus âgés ne s’en tirent pas trop mal, François Périer est proprement insupportable. Comme beaucoup de personnages de jeunes du cinéma de qualité française, son rôle est navrant de bêtise. A vomir.

Mélo (Paul Czinner, 1932)

Une femme tombe amoureuse du meilleur ami de son mari.

Le canevas issu d’une pièce de théâtre signée Henri Bernstein (qui sera plus tard réadaptée par Alain Resnais) est donc basique mais il est transfiguré par la finesse du découpage et de la direction d’acteurs. La séquence qui voit naître les sentiments illégitimes est superbe de vérité humaine et sa réussite permet de croire à la suite des péripéties, péripéties parfois conventionnelles. Gaby Morlay trouve là un de ses plus beaux rôles. Le rythme est languide.