Les amants du pont Saint-Jean (Henri Decoin, 1947)

Dans un village ardéchois faisant face à la Drôme, un vieux couple de marginaux doit se marier pour que le fils puisse épouser sa fiancée, jeune bourgeoise de l’autre rive.

Le pessimisme existentiel propre à la qualité française (scénario cosigné Aurenche) est finement dilué dans un récit qui déjoue les attentes du spectateur au profit d’une dialectique perpétuellement relancée entre exaltation amoureuse et morne déception due à la réalité. Riche de nuances donc de vérité, ce pessimisme s’avère infiniment plus profond et bouleversant que la noirceur uniforme où s’agitent les pantins de tant de films réalisés à la même époque.

La mise en relation des deux couples dans un complexe réseau narratif permet un regard d’une profonde acuité sur « l’amour ». Des détails réalistes, tel les cris dans la chambre à côté de celle des tourtereaux, la pertinence narrative aussi bien que thématique de la juxtaposition de séquences au ton opposé et un certain sens de l’insolite, tel ce Michel Simon brinquebalé par des gendarmes dans une charrette où il écoute un phonographe jouant une chanson réaliste, nourrissent ce regard.

Mais ce qui permet au film d’emporter le morceau, c’est bien sûr le couple Michel Simon/Gaby Morlay. Simon joue sur du velours un type de rôle qu’il a maintes fois éprouvé tandis que les manières de Gaby Morlay se trouvent profondément justifiées par son personnage, personnage qui joue à être une Parisienne sophistiquée. Les deux sont très émouvants.

Tout au plus manque t-il un peu de lyrisme dans la réalisation solide mais sage de Henri Decoin pour achever le chef d’oeuvre. En l’état, Les amants du pont Saint-Jean n’en demeure pas moins un film remarquable et magnifique.

 

 

Les grands (Félix Gandéra, 1936)

Dans un pensionnat de province pendant les vacances de Pâques, un cancre vole de l’argent au directeur pour faire accuser le premier de la classe qui est amoureux de la femme de ce dernier.

D’excellents comédiens, au premier rang desquels Charles Vanel, et de bons dialogues permettent de passer outre l’artificialité du prétexte et la faiblesse de ses développements. Via le personnage de Larquey et via un dernier plan que je pense métaphorique, une timide satire via-à-vis des notables de province sous la IIIème République relève gentiment la sauce. Ça se regarde mieux que la version muette de Fescourt.

Le maître de forges (Abel Gance & Fernand Rivers, 1933)

Abandonnée par son aristocratique prétendant qui espérait une grosse dot, une marquise désargentée se marie à un grand ingénieur…

Après bien des rebondissements désuets mis en boîte sans grande imagination et entrecoupées d’images de forge saisissantes mais décorrélées de l’intrigue (dues à Abel Gance?), la tragédie, finalement, se noue et, soutenue par la conviction de Gaby Morlay, émeut.

Gigi (Jacqueline Audry, 1949)

Dans le Paris de la Belle-époque, sa grande-mère et sa tante éduquent une jeune fille pour qu’elle devienne une cocotte.

Cette première adaptation du roman de Colette est nettement supérieure au film de Minnelli car l’incisive verdeur du propos n’est pas diluée dans une débauche décorative. Ce serait même le contraire tant il est vrai que la mise en scène est un peu étriquée, en plus de manquer de dynamisme. Heureusement, les dialogues savoureux et les excellents comédiens -en tête desquels un Jean Tissier qui s’en donne à coeur joie- donnent vie aux scènes de comédie.