Sa dernière course (Salty O’Rourke, Raoul Walsh, 1945)

Pour rembourser sa dette à un malfrat, un joueur pousse le jockey du cheval sur lequel il va parier à s’entraîner et à aller à l’école.

Ce bref synopsis donne un aperçu des bifurcations d’un récit original qui navigue entre film noir, comédie et film sentimental. Malheureusement, et contrairement à d’autres films de Raoul Walsh, le liant entre toutes ces parties peine à s’effectuer, en premier lieu à cause d’Alan Ladd, inadapté à un rôle qui eût nécessité la dureté comique d’un Cary Grant ou d’un James Cagney. Les motivations de son personnage ne tiennent pas debout. Le scénario retombe conventionnellement sur ses pattes mais les scènes entre la toujours adorable Gail Russell et Stanley Clements, qui joue le jeune, touchent par une certaine justesse.

L’ange et le mauvais garçon (James Edward Grant, 1947)

Un jeune homme blessé poursuivi par le shérif et par des bandits est accueilli par une famille de quakers…

Premier film produit par une star dans un gros studio hollywoodien, L’ange et le mauvais garçon est un joyau tendre et atypique du western, à ranger quelque part entre Rachel et l’étranger et Le bandit.  La convention du genre est détournée du fait que dès que notre bandit est recueilli par les quakers, il range son flingue. Peut-être que ce film a inspiré à Peter Weir son Witness. Ainsi, les confrontations avec le shérif magnifiquement incarné par le vieillissant Harry Carey ne sont pas violentes mais sont au contraire pétries de la bienveillance d’un aîné qui veut remettre un jeune chien fou dans le droit chemin.

Clairement moral, L’ange et le mauvais garçon oppose la bible des quakers au fusil de John Wayne même si les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le croire de prime abord. C’est que si les scènes d’action sont rares, elles sont aussi à couper le souffle. En grande partie grâce aux cascades supervisées par Yakima Canutt, la poursuite qui s’achève dans la rivière est aussi violente et trépidante que du bon Raoul Walsh. Le scénariste James Edward Grant, choisi par John Wayne pour réaliser son film, se débrouille très bien à la mise en scène. Il y a d’intelligentes audaces tel le raccord entre le superbe baiser dans la grange et le travelling arrière sur John Wayne avec le soc de charrue. A ce moment, le spectateur est emporté dans un puissant flot lyrique d’autant que la musique ne varie pas entre les deux plans.

Loin d’être un pensum moralisateur, L’ange et le mauvais garçon est une fable dont les auteurs ont utilisé le cadre westernien pour délivrer leur propos avec naturel et simplicité. Le décor de Monument Valley n’exprime pas ici la majesté cosmique (comme chez Ford) ni la tragédie implacable (comme chez Walsh)  mais la tranquillité et la sérénité. Le film est truffé de charmantes digressions tel la cueillette des baies par les deux amoureux après qu’ils aient échappé à des poursuivants. Avant La rivière rouge et La charge héroïque, John Wayne montre déjà quel grand acteur il est, gorgé de sensibilité.

Adulte et naïf à la fois, L’ange et le mauvais garçon est en somme une petite merveille de cinéma.

Sept hommes à abattre (Seven men from now, Budd Boetticher, 1956)

Cette série B mythique représente ce que le courant a pu offrir de plus noble. Le film est dénué de toute prétention signifiante mais pourtant très riche dans la mesure où la narration réduite à l’essentiel permet toutes sortes de projections de la part du spectateur. Le film est dénué de toute toute prétention esthétisante mais son épure stylistique confine au sublime. Les amateurs de western n’ont pas fini de se souvenir de Sept hommes à abattre, de son héros à la mélancolie quasi-spectrale, de ses images minérales.