The winning of Barbara Worth (Henry King, 1926)

Dans l’Ouest américain, la fille d’un gros propriétaire hésite entre un cow-boy du cru et un ingénieur new-yorkais venu faire des travaux d’irrigation pour le compte d’un homme d’affaire véreux.

Une fresque romanesque sur le développement d’une communauté de pionniers comme Hollywood en a produit plusieurs à la fin du muet (Naissance d’un empire de Dwan, La piste de 98 de Brown…). C’est pas mal du tout car le récit n’est pas manichéen et surtout, le charisme de Gary Cooper, à ses débuts dans un second rôle, irradie déjà l’écran. Henry King filme la naissance d’une star autant que celle d’une ville.

Condamné au silence (The court martial of Billy Mitchell, Otto Preminger 1955)

Dans les années 20, l’assignation en court martiale du général Mitchell coupable d’avoir publiquement critiqué le manque d’investissement de l’armée dans l’aviation.

Premier des films « à grand sujet » d’Otto Preminger, The court martial of Billy Mitchell raconte le combat d’un homme qui avait raison avant et contre tout le monde. En 1923, le général Mitchell prédit l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais et ses compatriotes lui rirent au nez avant de le virer de l’armée. On retrouve dans la présentation de ce conflit les qualités du metteur en scène viennois: respect du point de vue adverse, absence de simplification du conflit d’idées via un conflit de personnes (pas de méchant), refus des facilités dramatiques (voir comment la fin esquive la tentation mélo), refus de la démagogie, hauteur du point de vue, grandeur conférée notamment par la solennelle rigueur du découpage en Cinémascope (format alors peu usité pour les huis-clos).

Le film est d’autant plus fort et beau que son propos ne se réduit pas à une attaque contre le rigorisme militaire. C’est l’exposition du dilemme cornélien d’un grand soldat se rendant compte que le corps dans lequel il croit depuis toujours se fourvoie dramatiquement. C’est autrement plus subtil et profond que Les sentiers de la gloire. Ce pourrait n’être qu’intelligent, n’était le jeu finement décalé de Gary Cooper qui rend sensible la façon dont sa révolte mine physiquement Mitchell. Le conflit politique se double alors d’un désastre intime et c’est discrètement émouvant.

Cape et poignard (Fritz Lang, 1946)

Un scientifique est engagé par l’OSS pour contrecarrer les projets atomiques des nazis en Europe.

Gary Cooper, héros américain sans peur et sans reproche, est un immense acteur mais n’apparaît pas vraiment à sa place dans l’univers trouble et pessimiste de Fritz Lang. Il faut dire que son personnage de professeur de physique devenu espion est particulièrement improbable. Plusieurs de ses répliques sont chargées des intentions anti-atomiques des auteurs et il est difficile de ne pas sourire lorsque, approché par un agent de l’OSS, notre homme déclame gravement un discours sur la science au service de l’humanité avec une pomme en guise de support de sa démonstration. De plus, sa romance avec une résistante de 20 ans plus jeune que lui est convenue, théâtrale et invraisemblable en plus de prendre une place exagérément importante dans le film. Il y a donc un côté naïvement hollywoodien dans Cape et poignard avec lequel Fritz Lang n’est guère à l’aise.

Ces importantes réserves étant posées, il faut souligner l’excellence de la mise en scène lors de la plupart des scènes d’action. Tantôt sèche et brutale de par son extraordinaire concision (la libération avortée en Suisse) tantôt raffinant à l’extrême la violence comme lorsque Cooper tue un adversaire à mains nues pour sauver sa peau. Fritz Lang montre alors, d’une façon bien plus percutante que les grands discours qu’il place dans la bouche de son héros, que le mal nécessaire reste le mal.

La mission du commandant Lex (Springfield Rifle, André De Toth, 1952)

Durant la guerre de Sécession, l’enquête pour démasquer une bande de pillards confédérés infiltrée dans l’armée nordiste.

Un western intéressant qui reprend les ingrédients du « whodunit », ce type de polar dont les romans d’Agatha Christie sont de fameux exemples. La recherche du coupable au sein du groupe, les rebondissements inattendus de l’intrigue sont donc les ressorts, inhabituels pour un western, de l’histoire. Dommage qu’une fois que l’on connaisse le méchant, celui-ci perde toute ambivalence et ne soit plus défini que par son fanatisme sudiste alors qu’auparavant il était ami avec le héros joué par Gary Cooper. Cela montre que les personnages sont d’abord les jouets des conventions dramatiques et c’est pour le moins regrettable même si le film est de bonne facture.

Beau geste (William Wellman, 1939)

Trois frères adoptés par une riche Lady fuient la demeure dans laquelle ils ont grandi lorsque le saphir de leur bienfaitrice est dérobé par l’un d’entre eux. Ils  s’engagent dans la Légion étrangère…

Un beau film d’aventures classique avec de grands sentiments et de belles images. C’est très bien cadré mais ça ne tombe jamais dans l’imagerie. Ca sent la sueur et le sable chaud. Les passages avec le sergent sadique qui cumule tous les vices du monde auraient peut-être gagné à être supprimés car ils éloignent l’oeuvre de sa thématique sur l’honneur et la fidélité fraternelle mais ça reste un film d’excellente facture, une des références du genre.

Le roi du tabac (Bright leaf, Michael Curtiz, 1950)

A la fin du XIXème siècle, un homme revient dans sa ville natale pour toucher un héritage. Il est bien décidé à régler de vieux comptes avec le magnat  qui domine la province.

Inspiré de la rivalité de deux géants de l’industrie du tabac du XIXème siècle, Le roi du tabac est un beau film romanesque brillamment raconté par Michael Curtiz. Le récit est riche, complexe mais focalisé sur un très beau héros qui se durcit à mesure qu’il monte l’échelle sociale par amour. Héros idéalement incarné par le sec Gary Cooper. La mise en scène est tout entière au service de ce récit.  Cela ne signifie pas que Curtiz se contente d’illustrer le scénario, à la façon par exemple de David Lean adaptant Dickens, mais que l’impulsion, le mouvement perpétuel qui caractérise son style est complètement orienté dans le sens de la narration. Aidé par d’excellents seconds rôles ( Lauren Bacall, Patricia Neal, Donald Crisp) et par un grand chef opérateur (beau N&B de Karl Freund), il fait exister le patelin sudiste où se déroule l’action, il insuffle de la vitalité aux personnages, il va à l’essentiel des choses et des situations. Bref, il excelle dans son travail de metteur en scène.

Dallas, ville-frontière (Stuart Heisler, 1950)

Après la guerre de Sécession, la vengeance d’un officier sudiste dont la famille a été massacrée. Ce n’est que le point de départ d’un western foisonnant. L’intrigue est compliquée, pas assez épurée, elle multiplie les enjeux dramatiques sans se focaliser réellement sur l’un d’entre eux. Gary Cooper, immense, est le principal intérêt du film. Son personnage annonce les héros tourmentés joués par James Stewart dans les westerns d’Anthony Mann.  Comme dans Tulsa sorti l’année précédente, un récit romanesque force les personnages face à l’Histoire en marche à faire des choix moraux. Un bon western de deuxième ordre.