Tu es mon fils (La finestra sul Luna Park, Luigi Comencini, 1957)

Son épouse venant de mourir accidentellement, un travailleur émigré revient au foyer et tente de renouer avec son jeune fils…

Un très beau drame sur le manque d’amour et de compréhension dont plusieurs traits précis annoncent le chef d’oeuvre que sera L’incompris. Sa résolution en forme de flashback est un peu facile mais l’intelligence de son inscription dans la réalité ouvrière de son temps, la sensibilité des acteurs -Pierre Trabaud en premier lieu- , l’empathie de l’auteur pour chacun de ses personnages et le sens du lyrisme quotidien du metteur en scène font de Toi, mon fils un film merveilleux de justesse et d’émotion.

Bellissima (Luchino Visconti, 1951)

Une infirmière fait passer le casting du prochain film de Blasetti à sa fille.

Bellissima est un film de commande qui, sans rivaliser avec les magnifiques chefs d’oeuvre que réalisera plus tard Luchino Visconti, s’avère particulièrement attachant. Il appartient à la veine néo-réaliste de l’auteur mais la peinture sociale n’est pas misérabiliste comme elle l’était dans son précédent film, le très mauvais La terre tremble. L’héroïne habite les quartiers populaires mais ne meurt pas de faim. Elle a un métier (infirmière) qui la font vivre dignement elle et sa fille. Le ton oscille donc, avec cette facilité qui n’appartient qu’aux Italiens, entre le mélodrame et la comédie. Anna Magnani, torrent de vitalité, cabotine jusqu’à l’excès, incarnation parfaite de la mamma italienne, contribue largement à cette facilité. Elle fait aussi oublier les quelques facilités du scénario.

Ce sont des rêves plus que des ambitions qui guident son personnage et c’est en cela que le film est beau. Bellissima est le portrait d’une femme dévorée par le cinéma. La façon dont elle se déshabille le soir devant sa glace, sous-entendant clairement qu’elle aussi a tenté d’être actrice dans sa jeunesse, distille une triste nostalgie. L’amertume contenue tout au long du film explosera dans la séquence où elle se rend compte à ses dépends que le cinéma n’est pas la réalité mais son reflet perverti. Cette séquence est un déchirant sommet de cruauté. Cependant, les auteurs ne sauraient condamner sans appel leur propre art et leur critique est notamment nuancée par un hommage à la beauté des séquences de convoyage dans La rivière rouge. Ce qui achève de rendre leur film hautement recommandable.