Le démon des eaux troubles (Hell and high water, Samuel Fuller, 1954)

Un sous-marin a pour mission d’espionner une base nucléaire communiste clandestine.

Difficile de retrouver l’empreinte de Samuel Fuller dans cette fantaisie qui a plus à voir avec Blake & Mortimer qu’avec J’ai vécu l’enfer de Corée mais l’écran large du Cinémascope brillamment utilisé dans un espace pourtant restreint, le chaud Technicolor, la jolie musique de Alfred Newman, le rythme soutenu des péripéties et le plaisir rare de voir Victor Francen confronté à Richard Widmark en font un honorable divertissement.

 

L’héritage de la colère (Money, women and guns, Richard Bartlett, 1959)

Un détective privé est chargé de retrouver l’assassin d’un chercheur d’or parmi ses héritiers…

Encore une fois, le pacifisme et l’humanisme chrétien de Richard Bartltett désamorcent joliment les attendus de son western. Les confrontations successives du détective avec chaque suspect, procédé propre au « whodunit », sont prétextes à la présentation d’une attachante galerie de personnages plus faibles que méchants. D’une façon ou d’une autre, chacun sera soumis à la tentation et aura la possibilité d’une rédemption. Fait rarissime dans le genre: aucune mort violente ne surviendra. La parabole se déroule sans la moindre lourdeur mais s’inscrit avec naturel dans un récit bien composé. Bref, la douceur et la bienveillance du ton rendent L’héritage de la colère assez attachant en dépit du fait que sa mise en scène soit, à l’exception de quelques idées ponctuelles (tel ce fort abandonné dans lequel un vieil homme vit entouré d’Indiens), terne.

J’ai vécu l’enfer de Corée (The steel helmet, Samuel Fuller, 1951)

En Corée, un vétéran dont l’unité a été anéantie rejoint une troupe menée par un officier inexpérimenté.

Ce classique schéma d’opposition entre gradé frais émoulu et sous-officier endurci par l’expérience est heureusement subverti par les événements du récit. On verra ainsi que si le sergent n’a jamais été promu malgré ses qualités de guerrier, c’est que son manque de sang-froid peut s’avérer extrêmement dangereux. D’une façon générale, l’action remet sans cesse en question les frontières morales et les types établis. Toujours, l’implacable vérité des faits vient densifier les personnages au mépris des conventions (morales ou narratives). C’est ce qui donne aux films de guerre de Fuller leur vérité humaine et leur incomparable émotion. L’admiration sincère du fantassin devenu cinéaste pour ses anciens camarades n’exclue nulle part la lucidité: idée géniale du prisonnier communiste tentant de faire de la subversion en parlant de la discrimination raciale aux Etats-Unis à l’infirmier noir.

Au sein de cette reconstitution éminemment réaliste de la guerre, il y a des images insolites, tel celle du sergent halluciné (Gene Evans, extraordinaire révélation d’acteur) appelant ses camarades de Normandie au milieu de la fumée des obus coréens. Contrainte par un budget extrêmement limité (Steel helmet est un film indépendant), la mise en scène de Samuel Fuller va droit au but. J’en veux pour preuve le travelling arrière qui ouvre le film, travelling emblématique du style direct et frappant de l’ancien éditorialiste new-yorkais. Le génie de Fuller, c’est d’abord le fruit de l’expérience extraordinaire d’un homme aux multiples vies.

Violences à Park Row (Samuel Fuller, 1952)

Vers 1880, la naissance houleuse du journalisme moderne à Park Row…

Très jeune homme, Samuel Fuller avait débuté en tant que journaliste à New-York. Il a toujours gardé un profond respect pour ce métier et ses mentors de l’époque. Lorsqu’il a été en mesure de le faire, il a donc écrit, réalisé et produit Park Row, hommage à la ténacité et à la secrète grandeur des reporters besogneux qui ont fondé les quotidiens américains majeurs du XXème siècle.  Le volontarisme didactique du cinéaste l’emporte parfois sur le déroulement naturel de l’histoire racontée (Fuller place dans la bouche de ses héros un peu trop de discours édifiants sur la liberté de la presse) mais la conviction rageuse de l’auteur exprimée par un style nerveux, rapide et violent fait de plans-séquences effrénés filmant les combats physiques succédant aux combats économiques dans le bruit des rotatives et l’odeur de l’encre noire emporte largement le morceau et fait oublier les ficelles, voire les trous, du scénario, scénario agrémenté d’anecdotes véridiques sur le New-York des années 1880.