Les cousins (Claude Chabrol, 1959)

Pour ses études, un provincial débarque chez son cousin parisien et quelque peu décadent.

Que l’opposition entre le naïf fils à sa maman et le cynique gosse de riches est caricaturale! Le provocateur détachement des auteurs par rapport aux dérives fascistes de ce dernier ne diminue en rien la pesanteur de l’expression d’un pessimisme pas moins facile que celui de Bost et Aurenche; l’examen de fin d’année est un deus ex machina des plus risibles. Les séquences de fête sont particulièrement ennuyeuses de par leur redondance même si on y décèle une utilisation signifiante de la caméra par le jeune Chabrol (voir ce plan où les invités apparaissent comme dans un aquarium). Le summum du grotesque est atteint avec l’homicide final sur fond de Liebestod.

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Les jeux de l’amour (Philippe de Broca, 1960)

Un jeune couple d’antiquaires ne cesse de se disputer parce que la femme veut un enfant que son amoureux lui refuse. Le meilleur ami du couple pimente l’intrigue.

La simplicité de l’anecdote est, malgré le noir et blanc, agrémentée de la fantaisie du metteur en scène. Je pense par exemple à la séquence euphorisante où les deux tourtereaux se mettent subitement à danser. Il y a là une fraîcheur juvénile qui constitue le meilleur de la Nouvelle Vague. Aussi bien en terme de prétexte narratif qu’en terme de mise en scène (l’importance de la danse), Jean-Luc Godard s’est visiblement beaucoup inspiré des Jeux de l’amour pour Une femme est une femme. La différence, c’est que même lorsqu’il dirige un film plein de la liberté et de l’enthousiasme d’un amateur (ce qu’il est puisque nul doute qu’il aime ce qu’il fait), Philippe de Broca ne se dépare jamais d’une rigueur professionnelle dont Godard s’est toujours foutu.

Jean-Pierre Cassel est épatant, il a l’entrain d’un Belmondo mais ses talents de danseur, la façon qu’il a de mouvoir son corps gracile lui donnent une classe qui est restée unique parmi les acteurs de sa génération. Son personnage pourrait être L’Africain ou L’incorrigible au moment de leur jeunesse. On retrouve d’ailleurs dans Les jeux de l’amour le ressort dramatique, récurrent dans l’œuvre de de Broca, de la confrontation entre le charme de l’immaturité et la nécessité d’un engagement. Comme toujours chez le cinéaste, la fantaisie du style ne le cède jamais à une forme de pudeur qui fait prendre au sérieux les personnages et leurs émotions, aussi typés soient ces personnages. Enfin un mot sur la musique de Georges Delerue, gaie ou triste, déjà en parfaite symbiose avec les images du cinéaste.