Folie Folie (Movie Movie, Stanley Donen, 1978)

Deux films en un se passant dans les années 30: l’histoire d’un étudiant qui devient boxeur pour payer l’opération de sa soeur puis celle d’un producteur de comédies musicales qui entreprend son dernier spectacle. On aura reconnu deux schémas typiques du cinéma américain des années 30. Il est navrant de voir Stanley Donen, cinéaste parmi les plus novateurs de l’âge d’or hollywoodien, se complaire, au soir de sa carrière, dans ce stérile passéisme. Les conventions narratives de l’époque, vidées de toute substance et supposées se suffire à elles-mêmes grâce à une hypothétique connivence avec un spectateur « malin », ne fonctionnent pas malgré l’indéniable car très voyante virtuosité du réalisateur. Des ellipses faciles et le surjeu de certains seconds rôles (George C. Scott est, lui, parfait) achèvent d’anéantir les enjeux dramatiques. Movie Movie en dit bien plus sur l’idée, réductrice au possible, que le Hollywood des années 70 se faisait de son glorieux passé que sur ce glorieux passé.

Les complices de la dernière chance (The last run, Richard Fleischer, 1971)

Un gangster à la retraite refait un dernier coup: conduire un jeune truand qui vient de s’évader.

Un polar banal et superficiel sauvé par la présence de George C. Scott qui donne une épaisseur humaine à son personnage stéréotypé. La fin,  touchante dans sa cruauté, donne la mesure de ce que le film aurait pu être s’il avait mieux exploité la différence de génération entre ses protagonistes.  La musique de Jerry Goldsmith et le charme de la rare  Trish van Devere empêchent aussi l’ennui de s’installer trop durablement. Il n’empêche: l’année suivante, l’association entre Richard Fleischer et George C. Scott allait donner lieu à un polar d’une toute autre envergure:  Les flics ne dorment pas la nuit.

Les flics ne dorment pas la nuit (The new centurions, Richard Fleischer, 1972)

Avec ses courses-poursuites urbaines, avec sa bande-son funky signée Quincy Jones, et surtout dans sa description quotidienne du travail des policiers, Les flics ne dorment pas la nuit peut être vu comme la matrice esthétique des séries qui allaient régner sur la télé américaine les vingt années suivantes. Ce premier état de fait le hisse déja parmi les polars importants de la décennie. Pourtant, bien que le film soit peu dramatisé et focalisé sur le métier de flic, Richard Fleischer va au-delà du simple enregistrement simili-documentaire et insuffle à son constat social désespéré une vérité humaine en rendant prégnant les fêlures qu’entraîne le boulot, centrant son film sur deux magnifiques personnages interprétés par des acteurs au sommet: Stacy Keach et George C.Scott. Il faut voir la profondeur émotionnelle et le sens qu’arrive à donner le cinéaste à un simple champ-contrechamp (dans la séquence où George C.Scott regarde les voitures de patrouille s’éloigner) pour mesurer la maîtrise de son art.