Le passage du Rhin (André Cayatte, 1960)

Après la défaite de 1940, un journaliste et un boulanger sont faits prisonniers et envoyés en Allemagne…

Ce n’est pas un film à thèse car André Cayatte n’y assène nul message. Tout au juste relativise t-il l’ignominie du peuple allemand quinze ans seulement après la fin de la guerre. En revanche, c’est un film dont les personnages et les situations s’avèrent des véhicules à idées et les séquences des prétextes à confrontations morales. Ainsi, la scène d’amour avorté sert à interroger le spectateur sur la conduite du héros: est-ce bien ou pas bien? Le dessein d’ensemble est trop voyant pour ne pas sembler artificiel car la mise en scène manque de détails justes et de vitalité. La direction d’acteurs est particulièrement pataude. La variété des époques, des lieux et des personnages qui aurait pu engendrer une profusion romanesque ne nourrit qu’un récit étriqué, au rythme excessivement lent, où l’opposition des  trajectoires des deux soldats est schématiquement matérialisée par le montage parallèle. Bref: sans cesse la conception préalable du dissertant se fait jour au détriment de la vérité immédiate et sensible de la mise en scène.

Normandie-Niemen (Jean Dréville, 1960)

En 1942, des aviateurs ralliés à la France libre sont envoyés sur le front russe…

Quel sujet plus adapté à la première coproduction franco-soviétique de l’histoire du cinéma que l’épopée du seul escadron français qui combattit aux côtés des Russes pendant la seconde guerre mondiale? Fiction qui prétend cependant à l’édification des spectateurs, Normandie-Niemen se situe entre le film de guerre classique américain (en plus théâtral) et le film institutionnel à volonté didactique. Ce didactisme n’a heureusement guère d’incidence sur le récit mais se traduit par les interventions d’une voix-off parfois envahissante. L’utilisation de cette voix-off donne par ailleurs lieu à quelque chose d’assez inédit: c’est la première fois que je voyais des images d’archives commentées en tant qu’images d’archives  au sein d’une fiction classique. Intéressante embardée de la fiction vers la réalité qui cependant n’altère pas sa crédibilité.

Sans avoir la grâce d’un chef d’oeuvre de Hawks, Normandie-Niemen est un film droit, honnête et même émouvant dans l’évocation de la camaraderie des soldats comme dans celle de la gloire durement acquise de l’escadron. L’honnêteté se manifeste à travers l’absence de sous-intrigue sentimentale ainsi que par la dramatisation des conflits entre Français libres de la première heure et soldats d’Afrique du Nord ralliés après le débarquement de novembre 1942. Qu’un des officiers, montré sans mesquinerie et avec une certaine noblesse, affirme à un camarade qui le chicane sur son engagement tardif : « bien sûr que j’ai déjà tiré pendant cette guerre: j’ai abattu des Anglais parce que je suis un soldat et que j’obéis aux ordres » témoigne d’une louable franchise de la part des auteurs. Normandie-Niemen bénéficie enfin d’une excellente distribution d’acteurs pas très connus mais formidables (le doubleur Marc Cassot, Pierre Trabaud, Giani Esposito…).