La neige était sale (Luis Saslavsky, 1953)

Le fils d’une prostituée fait fortune sous l’Occupation.

Concentré des pires tares de la « qualité française »: tout réalisme de contexte est éludé au profit d’une psychologisation de l’origine du Mal des plus conventionnelles, les nuances sont absentes et la noirceur est aussi appuyée que déconnectée de toute sorte de vérité. Tout est lourd, faux, détestable de bassesse et de stupidité.

Annette et la dame blonde (Jean Dréville, 1942)

Une jeune fille découpe le manteau en vison de la maîtresse de l’homme dont elle est amoureux.

Comédie écrite par Decoin pour Darrieux, Annette et la dame blonde fut finalement réalisé par Jean Dréville avec Louise Carletti. C’est médiocre, niais et occasionnellement caricatural (l’Américaine) mais consolons-nous: avec le tandem initial, cela n’aurait certainement pas été un chef d’oeuvre tant le scénario est prévisible et inconsistant.

L’étoile du Nord (Pierre Granier-Deferre, 1982)

A Charleroi dans les années 30, après un crime sordide, un homme s’installe dans une pension de famille après avoir rencontré la fille de la tenancière en Egypte…

L’exposition semble alambiquée mais à partir de l’installation de monsieur Edouard chez madame Baron, L’étoile du Nord prend toute sa dimension mélancolique. Le film se focalise alors sur les diverses répercussions de l’insertion d’un voyageur hanté par des souvenirs plus ou moins fantasmés dans un milieu où tout est réglé par la cadence de l’habitude. En particulier, le réveil chez la tenancière des tendres regrets de la jeunesse est évoqué avec une admirable finesse. Ce dernier rôle au cinéma permit à Simone Signoret une sortie digne de son talent. Nostalgique, lunaire, bonhomme et inquiétant, Philippe Noiret a trouvé ici une des plus belles occasions de rappeler quel grand acteur il est. L’ambiance douillette et un brin rance de cette pension de famille est parfaitement restituée grâce notamment à des seconds rôles consistants, une jolie musique de Philippe Sarde et une bonne photographie de Pierre-William Glenn. Avec Le chat, cette nouvelle adaptation de Simenon serait-elle le plus beau film de l’inégal Granier-Deferre?

 

La veuve Couderc (Pierre Granier-Deferre, 1971)

Dans les années 30, une paysanne en conflit avec sa belle-famille embauche un vagabond…

Mou et conventionnel. En terme de réalisation, ce n’est même pas « du solide » tant Granier-Deferre se montre trop souvent bêtement mécanique dans son montage. Ainsi le beau plan-séquence sur la fuite de Delon dans le champ aurait gagné à ne pas être coupé aussi brusquement.

Le sang à la tête (Gilles Grangier, 1956)

A La Rochelle, le directeur d’une grande entreprise de pêche voit son épouse quitter soudainement le foyer…

L’intrigue est fortement enrichie par l’arrière-plan, très présent: enchères à la criée, conversations au bistrot, silence pesant d’une grande maison bourgeoise…Gilles Grangier sait indéniablement situer ses protagonistes dans leur environnement. L’exposition est carrément brillante dans la rapidité avec laquelle elle familiarise le spectateur avec une multitude variée de personnages, de lieux, d’enjeux dramatiques. Cela donne à la narration une ampleur balzacienne. Toute une ville -sa bourgeoisie, ses prolos, ses maisons de banlieue, son port, ses secrets-  est évoquée.

Cependant, la tentation du personnage de Gabin de retourner à la violence -son fameux « sang à la tête »- n’est jamais rendue sensible à cause d’un récit velléitaire et d’un style simplificateur se reposant essentiellement sur les dialogues pour exprimer cette évolution. Par exemple, la violente complexité d’une séquence comme celle où il force une poissonnière à trahir son fils est escamotée par les artificieuses répliques d’Audiard qui ravalent une lutte des classes à une affaire d’antagonisme personnel: la conduite odieuse du grand patron joué par la grande vedette est censée être rachetée aux yeux du spectateur par le fait que les auteurs exacerbent l’ignominie de la femme qui lui cède. Point de vue assez mesquin qui revient à blâmer un résistant craquant sous la torture avant de blâmer le type de la Gestapo. Enfin, il est dommage que le dénouement ratatine ce foisonnement romanesque à coups de péripéties artificielles qui résolvent tout par une psychologie hypra-conventionnelle.

Le sang à la tête n’en reste pas moins un bon film, mené avec suffisamment d’habileté pour captiver son spectateur. Mais sa fin décevante l’empêche d’être grand.

Les frères Rico (Phil Karlson, 1957)

Un ancien comptable de la mafia replonge pour retrouver ses frères en danger.

L’ancrage dans une communauté d’immigrés italiens (jolie scène de la visite chez la mama) donne un semblant d’originalité à ce drame policier où on préfère se focaliser sur les dilemmes moraux des personnages plutôt que sur l’action. Richard Conte est bien mais le récit s’étrique au fur et à mesure qu’il se déroule et la convention finit par reprendre le dessus, dévoilant les grosses ficelles d’une écriture foncièrement velléitaire.

Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959)

Maigret enquête sur le meurtre de l’ancienne patronne de son père.

Le style terne mais rigoureux et appliqué de Jean Delannoy allié à une histoire de Simenon aurait pu donner un bon petit polar solidement ancré dans le terroir bourbonnais. Las! Le ridicule caricatural des personnages autres que celui de Gabin, les dialogues d’Audiard truffés de bons mots artificiels, le propos vaguement anti-jeune et le rythme anémique de l’ensemble font de Maigret et l’affaire Saint-Fiacre un téléfilm pour papy vaguement somnolent.

En cas de malheur (Claude Autant-Lara, 1957)

Un riche et mûr avocat marié s’amourache d’une jeune voleuse qu’il a défendu.

En cas de malheur est un drame tiré de Simenon assez nuancé et rigoureux dans son écriture pour susciter l’intérêt tout au long de sa projection mais il souffre d’un problème majeur:  la mise systématiquement impeccable de Jean Gabin (raie, cravate) y compris après une nuit d’amour fait qu’on ne croit guère à la passion censée animer son personnage.  On croit à Gabin paternaliste mais on ne croit pas à Gabin amoureux. Quelque chose cloche dans le film de ce côté-là. Est-ce dû à l’autorité de la star, notoirement pudique, refusant d’être décoiffée? Je ne pense pas. Après tout, Jacques Becker avait réussi à le montrer en pyjama quatre ans auparavant dans Touchez pas au grisbi, lui offrant par là même un de ses plus beaux rôles, un rôle chargé d’humanité.

C’est plutôt dû à un certain académisme du traitement, à l’absence d’une compréhension profonde du sujet par le metteur en scène qui encore une fois se plait à choquer le bourgeois au mépris de ses personnages (voir le plan dégueulasse sur le visage ensanglanté de Bardot). L’essentiel de ce film d’amour se déroule via des dialogues, certes impeccablement filmés, dans des appartements. Ces dialogues, signés Bost et Aurenche, tombent parfois dans le mot d’auteur, remettant en cause la vraisemblance de la situation. Brigitte Bardot est, elle, parfaite. Sa fausseté est celle de son personnage mais ne dissimule pas sa vulnérabilité.

La Marie du port (Marcel Carné, 1949)

Après la guerre, les films de Carné sont débarrassés de la mythologie un peu toc insufflée par Prévert. Les films sont plus simples, les dialogues moins oiseux, les personnages plus désenchantés aussi. Néanmoins, une bonne partie de l’équipe mythique associée aux succès de l’avant-guerre (et de l’Occupation) a participé à La Marie du port. De Trauner aux décors à Kosma à la musique en passant par la dernière contribution, non-créditée, de Prévert au scénario. Sans oublier évidemment le retour de Gabin, excellent dans un de ses premiers rôles de notable provincial simenonesque, rôles qui allaient se faire récurrents dans sa filmographie à venir. Le film est bon, les décors sont évocateurs, la photo signée Alekan est superbe, le réalisme poétique a de beaux restes, même s’il est maintenant plus réaliste que poétique, ce qui n’est pas plus mal vu la gueule de la poésie dans des films comme Les visiteurs du soir ou Les portes de la nuit. Comme dans tous les Carné de l’époque, il y a cette peinture de la jeunesse que l’on sent faite par un vieux monsieur, mais le cinéaste se rattrape largement lorsqu’il évoque avec justesse la fin des illusions et la désacralisation des amours à travers un Gabin qui ne promet plus rien aux femmes, contrairement aux légionnaires des années 30. A ce titre, la fin apparaît un peu déplacée par rapport au reste.