Toi c’est moi (René Guissart, 1936)

Un noceur envoyé par sa tante aux colonies pour travailler dans une plantation intervertit son identité avec celle de son meilleur ami…

Moins dynamique et plus attendue dans son déroulement que le merveilleux Dédé, cette nouvelle adaptation d’une opérette par René Guissart se distingue également par la grivoiserie de son esprit. Il faut voir Claude May montrer ses seins, Pauline Carton chanter l’éveil de ses sens sous les palétuviers ou Pills fuir un crocodile en plastique pour se rendre compte du degré de naturel dans la fantaisie (pour ne pas dire le n’importe quoi) que pouvaient atteindre les petits(?) maîtres de la comédie française des années 30. Si les suaves Pills et Tabet n’ont pas l’entrain d’un Albert Préjean, la bonne humeur des seconds rôles -en tête desquels le génial Saturnin Fabre- est communicative. Le découpage de Guissart sait se faire inventif, à l’exemple du long travelling découvrant l’appartement des deux amis fêtards. Tout ça pour dire que Toi c’est moi est un film très amusant.

Prends la route! (Jean Boyer, 1937)

Sur la route, les couples se font et se défont…

Si ce résumé est aussi vague, c’est que la première des qualités de Prends la route! est la liberté de sa narration. De panne d’essence en gîte méditerranéen, de passage à niveau en attente au guichet, le film capture une multitude d’épiphanies de poche où sont forcés de se côtoyer des personnages d’origines diverses et variées, soit autant de moments composant et recomposant l’éternelle valse des sentiments. La légère insolence du ton, la gaieté des chansons, la fermeté du rythme (ce qui n’a pas toujours été le cas chez Jean Boyer), l’entrain des acteurs et les discrètes embardées dans la fantaisie la plus pure achèvent de faire de Prends la route! la comédie la plus joyeusement représentative de son temps, celui du Front Populaire et des premiers congés payés. C’est en quelque sorte du Renoir d’opérette, ce qui n’est pas un mince compliment.