Ronde de nuit (Jean-Claude Missiaen, 1984)

A Paris, deux policiers enquêtent sur la mort d’un député…

Très embarrassant. La confusion de la narration n’a d’égale que la mollesse du rythme, la fausseté des dialogues (du sous-Audiard qui évoque Pas de bégonia pour le cave) et l’absence d’implication des comédiens. A retenir un personnage de tueuse noire qui a peut-être inspiré celui de Grace Jones dans Dangereusement vôtre, un pessimisme final étonnant et quelques jolis plans de Paris la nuit.

Mes meilleurs copains (Jean-Marie Poiré, 1989)

A l’occasion du concert de leur chanteuse devenue une vedette, d’anciens membres d’un groupe de rock se retrouvent dans la maison de campagne de l’un d’eux.

Ce film nostalgique est l’occasion pour Jean-Marie Poiré de romancer sa jeunesse avec les Frenchies et Chrissie Hynde. Les flashbacks gentiment satiriques, propulsés par une voix-off très bien écrite, constituent le meilleur du film. La scène maoïste est particulièrement savoureuse. De Christian Clavier à Jean-Pierre Darroussin, les acteurs sont excellents. Cependant, en terme de mise en scène, l’ample prédominance des gros plans par rapport aux plans d’ensemble interroge. En découpant à la hache, Jean-Marie Poiré échoue à faire ressentir l’intimité des lieux, ce qui est, depuis La règle du jeu, un des grands plaisirs dispensés par les films français se déroulant dans une maison de campagne. Au rayon des bizarreries formelles, on note aussi le dernier mouvement d’appareil dont l’ostentation est contre-productive. C’est dommage car une mise en scène plus rigoureuse et plus attentive au cadre aurait peut-être introduit le naturel qui manque à un scénario s’avérant plutôt convenu et ne faisant jamais sortir les personnages de leur petites cases sociologiques. Mes meilleurs copains est donc un film amusant mais qui n’a pas la profondeur des grands films de potes tel Nous nous sommes tant aimésNous irons tous au Paradis ou Vincent, François, Paul et les autres.

Extérieur, nuit (Jacques Bral, 1980)

Un jeune musicien vient s’installer chez un ami écrivain avant de s’amouracher d’une conductrice de taxi.

L’intrigue n’a pas grande importance. L’environnement parisien est réduit à des lumières de phare et des arrières-plans flous. Il y a peu de plans d’ensemble. Assez rapidement, la chronique socio-amicale tend vers l’abstraction d’une pure histoire d’amour. Alors, par de tout autres moyens, Jacques Bral retrouve quelque chose du romantisme urbain et désespéré du Carné de Quai des brumes. Si son lyrisme paraît parfois un peu fabriqué (la musique originale et entêtante mais hyper récurrente, certains dialogues sentencieux ou sursignifiants), il atteint à une sorte de vérité incandescente à force de filmer des personnages, excellemment interprétés, dont les réactions essentiellement instinctives défient l’analyse psychologique ou sociologique. C’est par exemple cette scène sublime où Cora, après que Léo lui ait déclaré sa flamme, s’arrête en plein périphérique et sort de sa voiture.

Le magnétisme extraordinaire de Christine Boisson, sa sensualité légèrement androgyne, sa fébrilité et sa violence latente lui permettent d’incarner cette jeune conductrice de taxi aussi instable émotionnellement qu’opiniâtre dans la poursuite de son rêve avec une présence à même de provoquer la plus intense des fascinations. Christine Boisson dans Extérieur, nuit, c’est pour moi une révélation de l’acabit de Louise Brooks dans Loulou ou de Sandrine Bonnaire dans A nos amours. Une révélation qui pouvait laisser présager une bien plus grande carrière qu’elle n’a eue.

Mon homme (Bertrand Blier, 1996)

Une prostituée au grand coeur recueille un clochard qui devient son maquereau.

C’est nul. La mécanique Blier donne l’impression de tourner à vide. La truculence qui équilibrait le côté abstrait dans ses meilleurs films n’est plus là. Il y a toujours beaucoup de sexe mais les scènes sont systématiquement auréolées d’un apparat de gravité. D’une manière générale, Mon homme est plombé par une emphase perpétuelle. Celle-ci se manifeste d’abord par des dialogues qui n’ont plus la verdeur d’antan. L’emphase est aussi appuyée par la musique de Gorecki déja utilisée par Pialat dix ans auparavant dans Police.