Châteaux en Espagne (René Wheeler, 1954)

La secrétaire d’un homme mort dans l’avion pour Madrid s’entiche du frère de ce dernier, torero de son état.

René Wheeler tente un truc en mélangeant romanesque et documentaire mais ça ne fonctionne pas du tout car la mise en scène sans éclat ne restitue aucunement la fougue latente du sujet. Même Danielle Darrieux a l’air de s’ennuyer.

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Les petites du quai aux fleurs (Marc Allégret, 1944)

La cadette amoureuse du fiancé de l’aînée, la fratrie de quatre filles d’un libraire des quais de Seine est perturbée…

L’entrelacs amoureux concocté par Marcel Achard n’est pas déplaisant, il y a une certaine justesse dans les scènes un peu graves entre Odette Joyeux et Lefaur qui joue le père, Bernard Blier est parfait et voir -furtivement- les quais parisiens dans un film français des années 40 est intéressant mais in fine, l’inconsistance de l’argument dramatique n’est guère transcendée par la sempiternelle mollesse de Marc Allégret et les atermoiements de l’adolescente finissent par agacer plus qu’émouvoir.

Le diable au corps (Claude Autant-Lara, 1947)

Pendant la première guerre mondiale, la liaison entre un lycéen et l’épouse d’un soldat au front.

Le roman de Radiguet était court, direct et brûlant de la sensibilité de son très jeune auteur. L’adaptation d’Autant-Lara est pesante, longuette et superficielle. Des ravages de l’académisme ou quand le sel d’un chef d’oeuvre littéraire est ruiné par des comédiens affectés (Gérard Philippe), un metteur en scène plus focalisé sur sa direction artistique (ha ça, les décors de Max Douy sont toujours aussi réussis) que sur les sentiments de ses héros et des auteurs qui délaient laborieusement leur propos « anti-bourgeois » au lieu d’affiner la psychologie de leurs personnages.

Reste que le rebelle officiel Claude Autant-Lara est un cinéaste un peu moins pudibond que, disons, René Clément ou Marcel Carné. Non que Le diable au corps soit un grand film d’amour mais au moins, l’attirance charnelle entre les deux amoureux y est signifiée. Le plan du baiser volé au restaurant rappellera des souvenirs à quiconque a déja été assis dans un café à côté d’une femme ne sachant pas ce qu’elle voulait. Ce n’est rien à côté de la formidable puissance d’évocation du livre mais c’est toujours ça de pris à un film méchamment suranné.

Pot-bouille (Julien Duvivier, 1957)

A Paris sous le second empire, l’arrivée d’un provincial beau et ambitieux dans un immeuble bourgeois provoque des remous.

Tout ce qui faisait le sel du roman de Zola: la réjouissante férocité de la critique sociale, les caractères outrés, les notations pathétiques, a été purement et simplement escamoté par un scénario aseptisé et une mise en scène terne. Il est vrai qu’adapter un roman aussi foisonnant que Pot-bouille au cinéma nécessitait une simplification de l’intrigue. Mais à ce moment là, il aurait fallu aller jusqu’au bout du parti-pris d’adaptation qui a visiblement été celui de réduire l’oeuvre à un vaudeville avec une importance nouvelle donnée au personnage de Madame Hédouin. Ce personnage joué par Danielle Darrieux est sans doute le plus intéressant du film. La beauté bourgeoise de Danielle Darrieux qui venait tout juste d’avoir quarante ans nous consolerait presque de la quasi-disparition de Marie Pichon pourtant incarnée par une jolie Anouk Aimée, pleine de douceur et de mélancolie. En l’état, la demi-mesure de Jeanson, Joannon et Duvivier fait que nombre de scènes accessoires à l’intrigue qui tiraient leur intérêt dans le livre de la verve corrosive du romancier sont inutiles dans le film. Bref, Pot-bouille est emblématique de tout ce qu’un Truffaut critiquait à juste titre dans les adaptations des classiques littéraires du cinéma français des années 50.