Le chevalier mystérieux (Riccardo Freda, 1948)

Pour délivrer son frère des geôles vénitiennes, Casanova est chargé d’intercepter une lettre envoyée à Catherine de Russie.

Riccardo Freda prend de très grandes libertés avec les mémoires du séducteur vénitien pour trousser un film d’aventures dynamique et enlevé. C’est superficiel mais le sens du décor et de l’action font du Chevalier mystérieux un des bons films de cape et épée italiens. Pour une fois, un film de Freda ne pèche pas côté interprétation grâce à une révélation de tout premier ordre dans le rôle principal: Vittorio Gassman.

La révolte des gladiateurs (Vittorio Cottafavi, 1958)

Au IIème siècle, un jeune tribun romain est envoyé en Arménie pour mater une révolte de gladiateurs…

Ironique et parfois cruelle, la confrontation du freluquet à la réalité des colonies lointaines ne manque pas de sel. La première partie suggère une réalité politique dans toute sa complexité. La suite aurait pu prendre les atours d’une prise de conscience tourmentée mais se fait plus conventionnelle puisque le mal se retrouve personnifié dans un personnage de méchante; ce qui simplifie éhontément les enjeux dramatiques et ravale La révolte des gladiateurs au rang de péplum lambda. Avec le Cinémascope, la mise en scène de Cottafavi se fait plus ample -les cadres sont composés avec élégance et précision- mais aussi moins percutante que dans ses films précédents. Bref, c’est pas mal quoique décevant.

Il boom (Vittorio de Sica, 1963)

Criblé de dettes, un père de famille vivant au-dessus de ses moyens se voit proposé de vendre son oeil par l’épouse d’un architecte borgne.

A partir d’une anecdote extrêmement cruelle dont, quinze ans plus tôt, ils auraient tiré un mélo misérabiliste, Cesare Zavattini et Vittorio De Sica ont réalisé une comédie qui compte parmi les plus malaisantes du genre. Tout en brocardant l’avidité de leurs concitoyens avec une acuité comique digne de Zampa, ils motivent la veulerie matérialiste de leur antihéros par une vertu: l’amour conjugal. Cette salvatrice complexité a pour double effet de nuancer la noirceur du constat et de redoubler le sentiment de tragique qui émane de la farce. Alberto Sordi, qui alignait alors les chefs d’œuvre, est l’interprète idéal du personnage, suscitant l’empathie tout en se livrant aux pires turpitudes. Un bémol: le découpage inégal, parfois chargé de zooms et de plans inutiles, accentue artificiellement le grotesque de plusieurs scènes (tel le dîner au début).

Les vampires (Riccardo Freda, 1956)

Un journaliste et un policier enquête sur des meurtres de jeunes gens à Paris…

Les somptueux décors de Beni Montresor aussi bien que la photo et les trucages ingénieux de Mario Bava alimentent une fascinante atmosphère gothique. Réinventant le genre du film d’horreur délaissé depuis une bonne dizaines d’années, Riccardo Freda ne lésine pas sur les gargouilles, les rideaux qui frémissent et les couvercles de pianos qui tombent. Ce bric-à-bric morbide est l’écrin d’un récit tragique: celui d’une femme que son refus de vieillir conduit à un flirt de plus en plus rapproché avec la Mort. La sublime Gianna Maria Canale prête ses traits hiératiques et mélancoliques à cette héroïne. Il est dommage que le reste de la distribution ne soit pas à la hauteur et que le scénario n’exploite guère le potentiel dramatique de la relation entre le journaliste et la criminelle éperdument amoureuse de ce dernier. Bref, Les vampires est un beau film où l’inventivité et le raffinement plastiques (d’autant plus admirables que le budget fut minuscule) compensent la faiblesse de la dramaturgie. Il est en ceci typique de Freda.

 

Spartacus (Riccardo Freda, 1953)

En 74 av J.C, le gladiateur Spartacus soulève les esclaves contre Rome.

Mis en scène avec habileté, le Spartacus de Freda est un classique péplum qui ne manque pas de qualités dramatiques ni plastiques mais qui, dans sa deuxième partie, échoue à atteindre l’ampleur politique qu’appelait son scénario faute de précision dans les articulations de celui-ci et d’envergure chez l’interprète principal : le viril Massimo Girotti est très convaincant en guerrier ombrageux, il l’est moins en meneur révolutionnaire. Gianna Maria Canale, elle, est belle à se damner; ce qui convient idéalement à son rôle de tentatrice.