Les aventures de Pinocchio (Luigi Comencini, 1972)

A la fin du XIXème siècle en Italie, un pauvre ébéniste crée une marionnette qui se transforme en petit garçon…

La haute réputation de cette télésuite en 6 épisodes chez certains éminents cinéphiles m’interroge. Si le début dans le village enneigé et misérable frappe par une certaine âpreté presque documentaire, la suite est longue et répétitive dans ses péripéties, de plus en plus artificielles: sans cesse, le gamin -doté d’une des pires têtes à claques vues au cinéma- dévie du bon chemin et s’en trouve puni. J’ai eu peine à croire que le budget avait été très important tant les images sont indigentes, le découpage sans invention et la musique ressassée. Les scènes entre Gepetto et Pinocchio sont assez touchantes mais finalement, sur les six heures que dure l’oeuvre, très rares. Pour autant, d’après mon souvenir, la version « courte » pour le cinéma n’est guère plus passionnante. Sur le thème de l’enfance, Luigi Comencini a fait tellement et si souvent mieux.

La belle romaine (Luigi Zampa, 1954)

A Rome, une belle jeune fille qui gagne de l’argent en s’exposant pour des peintres est poussée par sa mère à s’éloigner de son fiancé chauffeur et à faire une carrière mondaine…

Une sorte d’équivalent italien à la qualité française. C’est un film littéraire au mauvais sens du terme où, quoiqu’insérés dans le contexte historique particulier qu’est le fascisme, personnages et récit sont le fruit d’une tambouille psychologisante dont la recette ne souffre aucune originalité. L’espèce de complaisance molle dans la peinture d’une veulerie généralisée nous rappelle qu’Alberto Moravia est derrière tout ça. Daniel Gélin n’est pas du tout crédible en étudiant anti-fasciste. C’est bien découpé et savamment éclairé mais si La belle romaine peut éventuellement se laisser regarder aujourd’hui, c’est surtout grâce à Gina Lollobrigida, actrice dont l’envergure allait au-delà de son tour de poitrine.

Pain, amour et fantaisie (Luigi Comencini, 1953) Pain, amour et jalouisie (Luigi Comencini, 1954)

Un maréchal des logis est affecté dans un village pauvre de l’Italie montagneuse. Ce vieux beau célibataire va être l’objet de l’attention des commères…

Ce merveilleux diptyque marque l’avènement du renouveau de la comédie italienne. Dans un environnement que l’on peut qualifier de « néo-réaliste », Luigi Comencini et ses scénaristes convoquent les éternels schémas de la comedia dell’arte avec une incomparable virtuosité. Le trait est moins acerbe qu’il ne le sera plus tard dans le genre car  la bienveillance de Comencini pour ses personnages est totale et le ton est globalement joyeux. Cela n’empêche pas les auteurs, et c’est là leur génie, de montrer toute la misère économique, sociale et morale qui pèse sur les villageois. Voir ainsi comment dans le second volet les vieilles traditions empêchent l’harmonie des coeurs promise par la fin du premier épisode. Je crois d’ailleurs que c’est un cas unique dans l’histoire du cinéma que ce happy end d’un film qui se voit remettre en cause par la suite de ce film.

Le récit est riche, plein d’intrigues qui s’emmêlent tout en étant mené avec concision. Les personnages sont denses et formidablement interprétés. Vittorio De Sica trouve ici son meilleur rôle d’après-guerre et Gina Lollobrigida son meilleur rôle tout court. L’humour n’empêche pas la prise au sérieux des tourments des protagonistes ni le surgissement de l’émotion. Bref, c’est du grand et beau cinéma populaire, mille coudées au-dessus du contemporain Don Camillo. Pain, amour et fantaisie et Pain, amour et jalouisie sont deux classiques en quelque sorte parfaits qui ne sont pas appelés à vieillir.

Rendez-vous de septembre (Come September, Robert Mulligan, 1961)

Un riche Américain qui passe tous les mois de septembre sur la Riviera italienne avec une maîtresse du cru apprend que celle-ci va épouser un autre homme…

Rendez vous de septembre est une comédie sentimentale complètement insipide. Comment croire à la réalité de ce play-boy américain qui se met soudainement à jouer les chaperons avec des jeunes filles en goguette dans son hôtel? Le film n’essaye même pas de nous y faire croire et de toute façon, cette aberration ne provoque que des gags convenus. L’inconsistance dramatique n’a d’égale que celle du style dont l’intérêt se limite à un filmage de l’Italie façon carte postale. Reste la plastique de Gina Lollobrigida…

La marchande d’amour (La provinciale, Mario Soldati, 1952)

Une histoire banale (simili-Madame Bovary agrémenté d’un soupçon d’inceste) racontée de façon compliquée (flashbacks avec différents narrateurs). Cette construction alambiquée n’a pas grand intérêt, c’est de la poudre aux yeux. Les types, les situations ne s’éloignent jamais des conventions. La morale puritano-bourgeoise est sauve grâce à un personnage de méchante entremetteuse qui porte le poids de tous les péchés. La mise en scène est soignée mais dévitalisée. Il n’y a guère d’émotion: la dramaturgie repose sur des ressorts canoniques du mélodrame mais la forme est compassée, dénuée de tout lyrisme. Enfin, il n’y pas une once d’érotisme alors que tout ça tourne tout de même autour des infidélités de Gina Lollobrigida !